Alors que 37 milliards ont été décaissés, l’argumentaire technique de l’Aser pour expliquer l’absence de courant dans les 1740 villages promis

Le programme d’électrification rurale, censé apporter la lumière dans 1740 localités du pays, traverse une zone de turbulences financières et opérationnelles. Dix-huit mois après son lancement et malgré des décaissements massifs de la part de l’État, les résultats sur le terrain peinent à se matérialiser. Une situation qui place l’Agence Sénégalaise d’Électrification Rurale (Aser) au centre des interrogations concernant l’utilisation des deniers publics.

Selon les données publiées par Le Quotidien, le décalage entre les moyens engagés et les infrastructures livrées soulève une problématique de gestion majeure au sein de l’agence.

Un décaissement de 37 milliards pour un résultat contesté

Les chiffres rapportés font état d’une avance financière considérable consentie par l’État du Sénégal. Au total, ce sont près de 37 milliards de francs CFA qui ont été décaissés, représentant environ 40% du montant global du marché. Cette manne financière, justifiée par l’urgence sociale d’électrifier les zones reculées, devait permettre le démarrage rapide des travaux.

Pourtant, le constat dressé sur le terrain contraste avec l’ampleur de l’investissement. Sur les 1740 villages ciblés par le projet, seule une fraction minime a vu l’arrivée effective du courant. Les infrastructures attendues — pylônes, câblages et raccordements — manquent à l’appel dans la grande majorité des localités concernées.

La défense de la direction et l’argument de la « phase-pilote »

Face aux interpellations sur ce faible taux d’exécution, la direction générale de l’Aser avance plusieurs lignes de défense. Le Directeur général évoque notamment des décisions héritées de la gestion précédente et des changements de poste pour justifier les lenteurs, adoptant une posture de distanciation vis-à-vis des blocages actuels.

Un nouvel élément de langage a également fait son apparition dans les justifications techniques : l’existence d’une « phase-pilote ». D’après les informations relayées par Pape Adama Diouf, responsable au sein du mouvement République des Valeurs, cette étape n’était pas mentionnée dans les engagements initiaux. L’invocation soudaine de cette phase de test, après le décaissement de plusieurs dizaines de milliards, est perçue par les critiques non pas comme une mesure de prudence, mais comme une tentative de justifier a posteriori l’absence de déploiement massif.

Des garanties bancaires en lieu et place de pylônes

Pour rassurer sur la sécurisation des fonds, l’agence met en avant l’existence de garanties financières et de cautions bancaires. Si ces instruments sont censés protéger l’État, leur opposabilité réelle fait débat. Surtout, les observateurs soulignent qu’une garantie financière, aussi solide soit-elle sur le papier, ne remplit pas la mission de service public qui consiste à fournir de l’électricité aux ménages ruraux.

Dans une tribune reprise par nos confrères, Pape Adama Diouf pointe également une anomalie dans la posture de l’autorité contractante. Selon lui, la direction de l’Aser semble davantage préoccupée par la défense de la santé financière du prestataire et la minimisation des conflits que par l’exigence de résultats concrets pour l’État. L’absence d’un inventaire clair et vérifiable des dépenses effectuées à ce jour maintient une opacité sur la destination finale des 37 milliards déjà versés.

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