La célébration de l’Aïd el-Fitr s’ouvre cette année dans un contexte de crise aigüe au Moyen-Orient. Confrontées aux bombardements, aux déplacements de masse et à l’effondrement économique, les populations de plusieurs pays de la région se voient contraintes d’adapter drastiquement leurs coutumes.
À Beyrouth, le front de mer s’est transformé en un campement de fortune. Selon un reportage d’Al Jazeera, le centre-ville de la capitale libanaise accueille désormais de nombreuses familles déplacées par les frappes israéliennes, qui ont fait plus de 1 000 morts à travers le pays. Alaa, un réfugié syrien originaire du plateau du Golan occupé, erre sur la corniche à la recherche d’un abri après avoir fui la banlieue sud de Dahiyeh. Rejeté des centres d’hébergement scolaires, il se retrouve à dormir à la belle étoile. Le Liban compte aujourd’hui plus d’un million de personnes déplacées, peinant à se remettre du conflit avec Israël survenu entre octobre 2023 et novembre 2024. Malgré ce contexte, certains habitants, à l’image du chercheur Karim Safieddine, maintiennent les rassemblements familiaux pour préserver une forme de solidarité communautaire.
Dans la bande de Gaza, la situation humanitaire et économique entrave toute festivité. Les restrictions israéliennes sur l’entrée des marchandises, renforcées depuis le début des hostilités contre l’Iran, ont provoqué une flambée des prix. Au marché central de Remal, à Gaza, les étals sont inaccessibles pour la majorité des habitants. Khaled Deeb, 62 ans, souligne le contraste avec les années précédentes où il dépensait plus de 3 000 shekels (environ 950 dollars) en cadeaux et préparatifs. Aujourd’hui, vivant dans une maison partiellement détruite, il ne peut plus s’offrir de fruits ou de légumes. Shireen Shreim, mère de trois enfants résidant dans un appartement aux murs éventrés colmatés par des bâches, décrit une situation similaire face à l’absence des nécessités de base et à la précarité des camps de tentes en nylon qui parsèment les rues.
En Iran, le contexte est marqué par une troisième semaine de frappes américano-israéliennes et une crise économique préexistante. Le grand bazar de Téhéran, endommagé par les bombardements, rend les achats dangereux. De plus, la dimension religieuse de l’Aïd prend une tournure politique. Une partie des citoyens iraniens opposés au gouvernement perçoit les signes de religiosité comme un soutien à la République islamique. Le calendrier fait que le Nowruz, le Nouvel An persan, tombe également un vendredi cette année. Plusieurs opposants ont ainsi choisi de se concentrer exclusivement sur cette fête traditionnelle, délaissant les célébrations de l’Aïd. Cette dynamique s’inscrit dans un climat de crise globale, marqué par l’intensification des affrontements dans la région.