L’onde de choc de l’affaire Epstein continue de se propager, traversant l’Atlantique pour atteindre les plus hautes sphères du pouvoir britannique avant de ricocher violemment vers Washington. Alors que les documents judiciaires s’accumulent depuis des mois, une action policière menée jeudi à Londres a brusquement accéléré le tempo judiciaire, forçant les regards à se tourner vers l’inaction perçue des autorités américaines.
C’est une image que beaucoup pensaient impossible : Andrew Mountbatten-Windsor, frère du Roi Charles III et ancien duc d’York, a été retenu par la police britannique. Selon les informations rapportées par notre confrère Al Jazeera, les autorités ont ouvert une enquête pour « inconduite dans une charge publique ». Bien que l’ancien prince ait été relâché plus tard dans la journée de jeudi, cette brève privation de liberté marque un tournant symbolique et juridique majeur.
Cette intervention survient quelques semaines seulement après la déclassification de nouveaux documents par le gouvernement américain. Ces archives, rendues publiques suite à une loi du Congrès, ont mis en lumière la profondeur des liens entre le frère du Roi et le défunt financier Jeffrey Epstein. Des échanges de courriels suggèrent notamment que l’ancien envoyé spécial pour le commerce du Royaume-Uni aurait partagé des informations gouvernementales avec le délinquant sexuel.
Une pression accrue sur Washington
L’arrestation à Londres a immédiatement servi de levier politique aux États-Unis, où l’absence de poursuites contre les « clients » d’Epstein suscite une frustration grandissante. Thomas Massie, membre du Congrès américain et figure clé dans la lutte pour la transparence de ce dossier, a saisi l’occasion pour interpeller directement le FBI et le département de la Justice.
« Maintenant, nous avons besoin de JUSTICE aux États-Unis », a martelé l’élu républicain. Pour lui, comme pour une partie de la classe politique américaine, le succès de la procédure ne se mesurera que lorsque « des hommes riches seront menottés et conduits en prison ». Cette déclaration vise implicitement à briser l’idée d’une immunité de classe qui protégerait les élites américaines impliquées dans le réseau.
L’administration américaine au pied du mur
Le contraste est saisissant entre l’action britannique et la position du département de la Justice américain. Récemment, le procureur adjoint Todd Blanche a provoqué l’indignation en affirmant sur Fox News que « ce n’est pas un crime d’envoyer des e-mails à M. Epstein », semblant écarter de nouvelles poursuites contre les associés du financier. Une position jugée « méprisante » pour les victimes par Reem Alsalem, Rapporteure spéciale de l’ONU.
La question de la responsabilité dépasse les clivages partisans. Si Donald Trump a été accusé de liens passés avec Epstein — tout comme l’ancien président démocrate Bill Clinton —, l’actuelle administration se voit reprocher un manque de volonté politique pour faire toute la lumière sur ce réseau. Selon un sondage Reuters/Ipsos, 69 % des Américains estiment que ces dossiers prouvent que les puissants sont rarement tenus responsables de leurs actes.
Alors que des experts de l’ONU estiment désormais que les crimes du réseau Epstein pourraient s’apparenter à des « crimes contre l’humanité », l’arrestation du frère du Roi Charles III envoie un signal clair : le statut social ne garantit plus l’impunité totale. Reste à voir si ce précédent londonien suffira à débloquer les verrous judiciaires à Washington.