« Votre négationnisme » : l’accusation d’une journaliste française contre une élue fait réagir Amnesty International

Le traitement médiatique et politique du dossier israélien crispe le débat public en France. Une récente passe d’armes sur un plateau de télévision, opposant une élue de la République à une journaliste, a pris une tournure qui a fait réagir jusqu’aux instances internationales de défense des droits humains.

L’incident s’est déroulé sur les antennes de FranceInfo. La députée de La France Insoumise (LFI), Danièle Obono, était invitée à s’exprimer sur la proposition de loi visant à pénaliser l’antisionisme. Ce texte, récemment annoncé par le Premier ministre français Sébastien Lecornu, est perçu par l’élue comme une tentative d’« empêcher toute critique de l’État d’Israël ». Au cours de son argumentaire, la parlementaire a affirmé que le gouvernement israélien « commet en ce moment un génocide ».

Une déclaration immédiatement interrompue par la journaliste présente en plateau. Cette dernière a rétorqué que le terme ne pouvait être employé car il n’est pas reconnu au sens juridique par la communauté internationale. Face à la députée qui s’appuyait sur les analyses d’Omer Bartov, spécialiste de l’Holocauste, et d’autres experts de la question, la journaliste a mis fin à l’échange par une accusation directe : « Excusez-moi, Madame, je vous laisse la responsabilité de votre négationnisme sur ce qu’il se passe en ce moment à Gaza. »

Selon les informations rapportées par l’agence Anadolu, cette séquence n’a pas tardé à faire réagir Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International et ancienne rapporteuse spéciale des Nations unies. Par le biais du réseau social X, elle a fermement défendu la position de la parlementaire. « Madame Obono a tout à fait le droit d’utiliser le mot “génocide” en parlant des crimes d’Israël à Gaza », a-t-elle précisé. L’ancienne représentante de l’ONU a souligné que pour de nombreux experts à travers le monde, la qualification de génocide est un fait établi, rappelant par ailleurs qu’utiliser ce terme pour qualifier un État n’est pas un crime en France. Elle a également pointé du doigt l’attitude de la présentatrice, estimant qu’il ne lui revenait pas de « censurer ses invités dans la mesure où ils ne commettent pas de crime ».

Cet accrochage médiatique s’inscrit dans un contexte législatif précis en France. Dimanche dernier, lors du 40e dîner du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), Sébastien Lecornu a confirmé l’inscription à l’ordre du jour du Parlement, dès le mois d’avril, d’une proposition de loi pénalisant l’antisionisme. Ce texte, initialement porté par la députée Caroline Yadan, prévoit d’élargir la répression des propos liés à l’État d’Israël. Il vise notamment à interdire certains slogans utilisés lors des manifestations pro-palestiniennes, tels que « De la rivière à la mer, la Palestine sera libre », et à sanctionner pénalement les discours contestant l’existence ou la légitimité de l’État israélien.

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