L’affaire avait marqué les esprits par sa violence et son retentissement médiatique en octobre 2016. Près d’une décennie après l’attaque aux cocktails Molotov contre quatre agents à Viry-Châtillon, en France, un autre volet de ce dossier, beaucoup moins médiatisé mais crucial pour l’intégrité de la procédure, arrive à son terme. L’instruction visant les méthodes employées par les enquêteurs eux-mêmes vient de franchir une étape décisive, laissant entrevoir une conclusion judiciaire qui contraste avec la gravité des soupçons initiaux.
Selon les informations relayées par l’agence Anadolu, s’appuyant sur des révélations de Mediapart, l’instruction judiciaire ciblant les policiers chargés de l’enquête initiale pourrait s’achever sans qu’aucune poursuite ne soit engagée. Cette procédure, ouverte pour faux en écriture publique, violences volontaires et escroquerie au jugement, visait à éclaircir les conditions dans lesquelles les investigations avaient été menées.
Les magistrats ont annoncé la fin de l’instruction en octobre 2025. Cette étape procédurale ouvre un délai de trois mois permettant aux avocats de formuler leurs dernières observations. Toutefois, le point central de ce dossier réside dans le statut des mis en cause : aucun des policiers visés n’a été mis en examen durant la procédure. Dix d’entre eux ont été entendus sous le statut de simple témoin, et quatre autres en tant que témoins assistés. En l’absence de mise en examen, la perspective d’un procès s’éloigne, dirigeant le dossier vers un probable non-lieu.
Les dysfonctionnements pointés par l’enquête sont pourtant documentés. Les investigations menées par l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) ont mis en lumière des incohérences notables entre les procès-verbaux rédigés par les enquêteurs et la réalité des faits. Des enregistrements vidéo de gardes à vue, obtenus par la défense lors du procès en appel, ont révélé que certains éléments transcrits étaient inexacts ou incomplets. Ces « erreurs » ou « synthèses », termes évoqués par les policiers lors de leurs auditions, ont eu des conséquences lourdes : elles ont contribué à l’incrimination de jeunes suspects qui, après plusieurs années de détention, ont finalement été acquittés.
Le média d’investigation souligne également que le principal témoin de l’affaire n’a pas été entendu par les juges d’instruction. La décision judiciaire définitive reste en attente des éventuelles observations des parties, mais l’orientation actuelle du dossier suggère que les responsabilités pénales des enquêteurs ne seront vraisemblablement pas débattues devant un tribunal.