C’est une étape législative majeure qui intervient dans un climat de transition politique sous haute tension à Caracas. Un mois après l’opération militaire américaine ayant conduit au transfert forcé de l’ancien président Nicolas Maduro vers les États-Unis, l’Assemblée nationale du Venezuela a approuvé, lors d’un premier vote, un projet de loi d’amnistie destiné aux prisonniers politiques. Ce texte, baptisé « Loi d’amnistie pour la coexistence démocratique », a recueilli une rare unanimité, ralliant à la fois le parti socialiste au pouvoir et l’opposition.
Loin d’être un blanc-seing généralisé, le cadre légal en cours d’adoption définit des critères d’éligibilité stricts. Selon les informations rapportées par Al Jazeera, la législation vise spécifiquement à accorder la clémence aux individus accusés de crimes liés à l’activisme politique ou à la protestation. Sont concernés les chefs d’accusation tels que la trahison, le terrorisme, la rébellion, la résistance à l’autorité ou l’incitation à des activités illégales. Cette mesure devrait également permettre de lever les interdictions d’éligibilité pesant sur des figures de l’opposition, notamment Maria Corina Machado.
Cependant, le texte trace une ligne de démarcation nette concernant la nature des délits. Les critiques soulignent que le projet de loi, dont le contenu intégral n’a pas encore été rendu public, exclut explicitement toute clémence pour les crimes de sang et les délits graves. Les personnes accusées de meurtre, de trafic de drogue, de corruption ou de violations des droits de l’homme ne pourront prétendre à cette amnistie. Cette exclusion prend une résonance particulière alors que Nicolas Maduro et son épouse, Cilia Flores, attendent leur procès à New York pour des faits liés au trafic de drogue, suite à leur interpellation le 3 janvier dernier sur ordre de l’administration Trump.
La séance parlementaire a été marquée par des interventions soulignant la difficulté du compromis. Jorge Rodriguez, président de l’Assemblée et frère de la présidente par intérim Delcy Rodriguez, a admis qu’il fallait « avaler des couleuvres » pour permettre au pays d’avancer, appelant au pardon mutuel. Dans une démarche symbolique, Nicolas Maduro Guerra, fils de l’ancien président et membre de l’Assemblée, a également plaidé pour la réconciliation, affirmant que le Venezuela ne pouvait plus supporter d’actes de vengeance.
Malgré l’optimisme affiché par certains représentants de l’opposition comme Tomas Guanipa, qui évoque un « nouveau chapitre historique », des zones d’ombre persistent sur l’application réelle de ces mesures. L’ONG Foro Penal, spécialisée dans la défense des droits humains, note un décalage entre les annonces officielles et la réalité du terrain. Alors que le gouvernement revendique la libération de 900 prisonniers politiques, l’organisation n’a pu documenter que 383 libérations effectives depuis le 8 janvier, estimant que 680 personnes demeurent en détention.
Le processus législatif doit se poursuivre avec un second vote prévu mardi prochain, une étape qui confirmera si ce cadre juridique peut réellement enclencher la transition espérée après des années de polarisation extrême.