En 1776, alors que l’Europe traversait le siècle des Lumières, le Fouta Toro initiait une transformation politique radicale. À l’occasion du 250e anniversaire de cette révolution, la région se dote de nouvelles infrastructures symboliques pour matérialiser l’histoire de l’Almamiyat, un État de droit instauré bien avant la période coloniale.
Selon les éléments historiques mis en avant par IGFM, le basculement de 1776 est né d’une conjonction de crises. La région subissait l’oppression d’un régime tyrannique monopolisé par une seule famille, couplée aux agressions des voisins maures qui prélevaient jusqu’à la moitié des récoltes. Les populations faisaient également face à une interdiction de pratiquer librement l’islam en communauté et à la menace grandissante de la traite négrière, alimentée par les Européens basés à Saint-Louis.
Face à cette situation, une élite d’hommes lettrés a décidé de renverser l’ordre établi. Le mouvement, impulsé par des figures comme Thierno Souleymane Baal, a nécessité sept années de mobilisation à travers le pays pour convaincre les notables et l’armée. Le modèle qui en a résulté, l’Almamiyat, excluait l’esclavage et la colonisation. Thierno Ly décrit cette gouvernance comme un « humanisme islamique », précisant que le nouveau pouvoir s’est installé sans recourir à des méthodes d’exécution sanglantes comme la guillotine.
Pour marquer ce jubilé, deux monuments spécifiques viennent d’être inaugurés au Fouta. Le premier est une reproduction monumentale de l’Alloual, la tablette traditionnelle en bois utilisée dans les écoles coraniques. Haute de 2,40 mètres et pesant cinq tonnes, cette stèle porte les inscriptions des recommandations de Thierno Souleymane Baal concernant les conditions d’exercice du pouvoir.
Le second édifice prend la forme d’un livre ouvert. Il fige dans la pierre la correspondance historique d’El Hadj Abdoul adressée aux représentants français de Saint-Louis, un document qui interdisait formellement la pratique de l’esclavage dans la zone.
Les textes gravés sur ces stèles détaillent l’organisation politique stricte de l’époque. Les critères pour diriger exigeaient la compétence, la vertu et le détachement des biens matériels. Le pouvoir ne pouvait être ni hérité, ni conquis par la force ou la richesse, mais reposait exclusivement sur la confiance populaire. Une fois désigné, le chef était placé sous le contrôle direct des Diagordés, une assemblée de représentants des provinces chargée de garantir l’équilibre des institutions.
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