La sévérité de la conjoncture économique ne fait plus l’objet de débats, elle est désormais actée au sommet de l’État. Alors que le tandem exécutif ajuste sa communication face à l’urgence, une analyse approfondie de la situation révèle que les leviers traditionnels de financement montrent leurs limites. Entre aveux officiels sur la précarité et nécessité de trouver des liquidités fraiches, le gouvernement semble opérer un glissement stratégique pour contourner les blocages des bailleurs classiques.
**Une réalité chiffrée qui ne trompe pas**
Le diagnostic est posé et il émane de la plus haute autorité. Comme le relève Mamadou Ndiaye dans son éditorial pour Emedia, le Président de la République a profité de son adresse à la Nation pour officialiser une donnée critique : l’élargissement de la base du Registre national unique (RNU). Ce ne sont pas moins d’un million de Sénégalais supplémentaires qui ont été inscrits dans cette catégorie, un indicateur tangible de l’augmentation de la pauvreté et, par corollaire, de la diminution des actifs capables de soutenir l’élan de solidarité nationale.
Cette dégradation du tissu social s’accompagne d’une morosité palpable dans les secteurs clés. Le bâtiment et les travaux publics (BTP) tournent au ralenti, et de nombreuses entreprises peinent à boucler les fins de mois. Une situation qui alimente l’inquiétude des syndicats et du monde rural, notamment sur la question de la commercialisation de l’arachide, où les producteurs redoutent de devoir brader leurs récoltes faute de points de collecte adéquats.
**Le regard tourné vers de nouveaux guichets**
Face à ces tensions de trésorerie, l’État se trouve à la croisée des chemins. Les marchés financiers de la sous-région, bien que sollicités, présentent des contraintes structurelles : taux d’emprunt dissuasifs et faible mobilisation de l’épargne sur le temps long. Parallèlement, le Fonds Monétaire International (FMI) maintient une posture d’observation, qualifiée de « sérénité certaine », évitant toute intervention précipitée.
Dans ce contexte de resserrement des lignes de crédit, nos sources indiquent que les autorités sénégalaises lorgnent désormais vers une alternative précise : le monde arabe. L’objectif est de capter les pétrodollars, jugés plus flexibles et disponibles, pour obtenir les facilités de caisse que les partenaires occidentaux ou régionaux tardent à débloquer.
**L’écran de fumée des intermédiaires**
Au-delà de l’équation financière, la gestion de la crise se heurte à un obstacle interne : la persistance d’intermédiaires jugés nocifs entre le sommet de l’État et les acteurs réels de l’économie. Ces « courtiers d’influence », souvent hérités des régimes précédents, continuent de brouiller les messages et de fantasmer les réalités du terrain, retardant d’autant la mise en œuvre de solutions concrètes.
Pour inverser la courbe, l’analyse suggère un retour à un État stratège, capable de se défaire de ces influences parasites pour dialoguer directement avec les forces productives et réactiver le potentiel industriel du pays.