La publication récente de milliers de pages de documents par le département de la Justice des États-Unis continue d’éclairer les zones d’ombre du dossier Jeffrey Epstein. Si les relations mondaines du financier déchu ont largement occupé l’espace médiatique, un volet plus spécifique émerge désormais concernant ses activités au Moyen-Orient. Au-delà de ses amitiés affichées, les archives judiciaires dévoilent des éléments techniques sur la nature de ses interactions avec l’État hébreu.
L’exploitation de ces documents par le média Al Jazeera met en lumière une note fédérale particulièrement explicite. Daté d’octobre 2020, un mémo rédigé par le bureau du FBI de Los Angeles rapporte les propos d’une source interne qualifiant Jeffrey Epstein d’« agent coopté du Mossad ». Le document va plus loin dans la description, indiquant que le financier aurait été « formé comme un espion » pour le compte des services de renseignement israéliens.
Cette note suggère que l’avocat de longue date d’Epstein, Alan Dershowitz, aurait servi d’intermédiaire pour maintenir le lien avec les cercles du renseignement américain et allié. Le mémo cite notamment l’accès de l’avocat à un réseau d’étudiants issus de familles influentes, mentionnant Jared et Josh Kushner.
Des liens financiers et logistiques avérés
En dehors des notes des services de renseignement, les correspondances par e-mail confirment une proximité opérationnelle avec de hauts responsables. Les échanges montrent des contacts réguliers avec Yoni Koren, ancien conseiller principal d’Ehud Barak et membre du renseignement militaire israélien. Les documents indiquent que Jeffrey Epstein aurait pris en charge les frais médicaux de ce dernier en 2012.
Sur le plan financier, la fondation COUQ d’Epstein a effectué des versements directs à des organisations liées à la défense israélienne. En 2006, des dons de 25 000 dollars ont été adressés aux Amis des Forces de défense israéliennes (FIDF) et de 15 000 dollars au Fonds national juif (JNF). Ces organisations soutiennent respectivement des programmes pour les soldats et des projets fonciers, certains concernant des implantations en Cisjordanie.
L’ombre de Robert Maxwell
Ces révélations s’inscrivent dans une continuité historique liée à Robert Maxwell, père de la collaboratrice d’Epstein, Ghislaine Maxwell. Le magnat de la presse britannique, mort en 1991, était lui-même soupçonné de liens étroits avec les services israéliens. Dans un e-mail datant de 2018, Jeffrey Epstein évoquait la théorie selon laquelle le Mossad aurait joué un rôle dans la mort de Maxwell, affirmant que ce dernier avait menacé de révéler ses activités s’il n’obtenait pas une aide financière pour sauver son empire médiatique.
Face à ces éléments, les principaux intéressés ont fermement démenti. Alan Dershowitz a rejeté toute implication, affirmant qu’aucune agence de renseignement n’aurait fait confiance à Epstein. De son côté, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a estimé que la proximité d’Epstein avec son rival politique Ehud Barak prouvait au contraire qu’il ne travaillait pas pour l’État d’Israël.