Le deuxième panel du vendredi, dédié au thème « Système d’information sanitaire intégré et santé globale » dans le cadre du 1er Sommet africain sur les systèmes de santé et la souveraineté sanitaire à Dakhla, organisé par la Fondation Mohammed VI (FM6SS) via l’African Academy of Health Sciences (AAHS), a mis en lumière trois interventions majeures. Entre expertise médicale, plaidoyer pour la souveraineté sanitaire et retours d’expérience issus du terrain, ce second thème a offert un éclairage stratégique sur les enjeux d’un système d’information sanitaire unifié en Afrique.
Pr Mamadou Ndoye : « Sans données fiables, aucune décision médicale n’est pertinente »
Présenté comme « un homme d’exception », le Pr Mamadou Ndoye, chirurgien pédiatre de renommée internationale, a rappelé avec insistance l’enjeu critique de la fiabilité des bases de données sanitaires.
« Il est impératif pour tout pays de disposer d’un système d’information sanitaire capable de collecter, traiter et centraliser toutes les données, quelle que soit leur origine », a-t-il souligné.
Pour le professeur Ndoye, qualité et fiabilité ne sont pas négociables :
« Des données inexactes compromettent la planification, la prise de décision et l’évaluation des programmes ».
Il a plaidé pour des plateformes unifiées, capables de réduire les doublons, d’améliorer la cohérence et de faciliter la décision grâce à des tableaux de bord réactifs.
Pr Chantal Koffi : « La souveraineté sanitaire africaine commence par la souveraineté des données »
Spécialiste en microbiologie et santé publique, la Pr Chantal Koffi a élargi le débat aux bases de données africaines en santé préventive et curative.
Elle a rappelé que l’information sanitaire constitue « l’un des six piliers des systèmes de santé ».
Selon elle, l’Afrique dispose d’outils, mais souffre d’un manque d’harmonisation :
« Le problème du continent n’est pas tant de créer de la donnée que de la structurer, la partager et la valoriser ».
Elle a plaidé pour la création d’une base de données commune africaine, sur le modèle des grandes plateformes internationales :
« Il faut une volonté politique forte pour accepter un outil commun et échanger les données entre pays ».
Pour la chercheuse, la maîtrise des données conditionne la souveraineté sanitaire du continent :
« Si nous ne sommes pas capables de financer et de piloter nos propres systèmes d’information, la souveraineté restera un slogan ».
Mme Upile Emmanuella Kachepa : l’approche One Health, validée par l’expérience du terrain
La troisième communication, assurée par Mme Upile Emmanuella Kachepa, a apporté une illustration concrète du défi d’un système intégré de surveillance sanitaire, à travers deux flambées d’anthrax au Malawi.
Elle a rappelé qu’en 2018, la première épidémie avait été signalée par des moyens rudimentaires, « bouche-à-oreille, appels téléphoniques et SMS », après une mortalité inhabituelle d’hippopotames dans le parc national de Liwonde.
Une équipe One Health avait alors été mobilisée : santé humaine, animale et environnementale.
Entre octobre 2018 et janvier 2019, 48 personnes avaient été affectées.
Cinq ans plus tard, en novembre 2023, une nouvelle flambée a touché exclusivement des humains, cette fois détectée par le système numérique DHIS2.
La cause : la consommation de viande de gibier contaminée provenant d’un pays voisin.
« Dans les deux situations, la réponse a été réactive », a expliqué Mme Kachepa, rappelant que la première flambée constitue « la première intervention One Health officiellement enregistrée au Malawi ».
Ces expériences ont conduit le pays à développer une plateforme nationale de surveillance intégrée.
Elle a conclu en rappelant que One Health n’est pas qu’un concept théorique :
« C’est un processus collaboratif et transdisciplinaire qui reconnaît l’interconnexion entre humains, animaux et environnement ».
