Dans une dynamique de consolidation du pouvoir après quatorze années de conflit interne, les nouvelles autorités de Damas accélèrent le processus de réconciliation nationale. Alors que les forces gouvernementales reprennent le contrôle des territoires du nord, le ministère de l’Intérieur vient d’émettre une directive d’application immédiate visant à modifier structurellement la démographie légale du pays.
Le ministre de l’Intérieur, Anas Khattab, a officiellement ordonné mercredi la mise en œuvre sans délai d’un décret présidentiel aux conséquences majeures. Selon les informations rapportées par Al Jazeera, qui cite l’agence Anadolu et la télévision syrienne Alikhbariah, cette décision accorde la citoyenneté syrienne à l’ensemble des Kurdes résidant sur le territoire. La mesure cible explicitement les populations jusqu’ici considérées comme apatrides, régularisant ainsi la situation administrative de milliers de personnes privées de documents officiels depuis des décennies.
Une date butoir a été fixée par le ministère : l’ensemble des mesures administratives et leur déploiement opérationnel doivent être finalisés avant le 5 février prochain. Les autorités compétentes ont reçu l’ordre de rédiger immédiatement les instructions nécessaires pour l’application de ce texte sur le terrain.
Cette directive s’inscrit dans la continuité des annonces faites il y a deux semaines par le président Ahmed al-Sharaa. Ce dernier avait proclamé la reconnaissance du kurde comme langue nationale et le rétablissement de la citoyenneté pour tous les Kurdes syriens, en parallèle d’un cessez-le-feu. Le décret présidentiel prévoit également la protection de la culture kurde et son enseignement dans les écoles publiques et privées des zones à majorité kurde. De plus, le 21 mars, date de la fête de Newroz, a été désigné comme jour de célébration nationale.
Sur le plan militaire et stratégique, cette intégration politique survient alors que les Forces démocratiques syriennes (FDS), dirigées par les Kurdes, ont dû se retirer de plusieurs villes clés, dont Raqqa et Deir Ezzor, face à l’avancée rapide de l’armée gouvernementale. Cette offensive permet à Damas d’unifier le territoire après la chute de Bashar al-Assad en décembre 2024.
La manœuvre a suscité des réactions internationales notables. Le président américain Donald Trump a exprimé sa satisfaction concernant l’offensive de l’armée syrienne, marquant une rupture avec le soutien américain passé aux FDS. Par ailleurs, lors d’une rencontre à Moscou mercredi, le président russe Vladimir Poutine a salué les efforts de stabilisation menés par son homologue syrien, confirmant la volonté du Kremlin de maintenir son influence dans la région malgré le changement de régime.