L’armée syrienne poursuit sa progression rapide dans le nord du pays. Après avoir sécurisé la ville stratégique de Tabqa et son aéroport militaire, les troupes gouvernementales convergent désormais vers Raqqa, le fief historique des Forces démocratiques syriennes (FDS). Cette offensive, menée à la suite de négociations rompues, redessine les équilibres militaires dans la région.
Selon les informations rapportées par Al Jazeera, les forces gouvernementales ont pris le contrôle du barrage de l’Euphrate, également connu sous le nom de barrage de Tabqa, situé à environ 50 kilomètres à l’ouest de Raqqa. Cette avancée s’accompagne de la saisie du barrage de la Liberté (anciennement barrage Baath) et d’un renforcement en équipements militaires lourds dans le gouvernorat de Raqqa, sous contrôle des FDS depuis 2015.
**Des gains territoriaux et énergétiques majeurs**
Outre les infrastructures hydrauliques, l’armée syrienne et ses alliés ont étendu leur emprise sur des ressources énergétiques vitales. Des combattants tribaux alliés au gouvernement ont sécurisé plusieurs champs pétroliers et gaziers majeurs dans le nord-est, notamment ceux de Jafra et Conoco dans la province de Deir Ezzor. La Compagnie pétrolière syrienne a également confirmé la reprise des champs de Rasafa et Sufyan.
Cette reprise en main du territoire s’accompagne d’opérations de sécurisation approfondies. Comme nous l’évoquions récemment concernant la ville de Tabqa, ces manœuvres permettent aux forces régulières de démanteler les installations utilisées par les groupes armés durant leur occupation.
**L’échec des négociations comme déclencheur**
Cette offensive fait suite à l’enlisement des pourparlers visant à intégrer les combattants kurdes au sein de l’armée nationale syrienne. Les affrontements ont éclaté le 6 janvier à Alep, avant de s’étendre. Face à la pression militaire, les FDS se sont retirées de Deir Hafer et de plusieurs villages environnants dans le gouvernorat d’Alep, permettant le retour des forces gouvernementales.
**La réponse politique du président al-Sharaa**
Parallèlement à l’action militaire, le nouveau pouvoir à Damas tente une approche politique pour apaiser les tensions communautaires. Le président par intérim, Ahmed al-Sharaa, a publié vendredi un décret reconnaissant le kurde comme « langue nationale » et rétablissant la citoyenneté pour les Kurdes syriens, annulant ainsi des mesures discriminatoires datant du recensement de 1962.
Cependant, l’administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie juge ces mesures insuffisantes, réclamant une protection des droits par une constitution permanente plutôt que par des décrets temporaires.
**Washington appelle à la retenue**
L’avancée de l’armée syrienne suscite l’inquiétude des États-Unis, partenaires des FDS dans la lutte contre l’État islamique. L’amiral Brad Cooper, en charge du Commandement central américain (CENTCOM), a exhorté l’armée syrienne à cesser ses opérations offensives entre Alep et Tabqa, soulignant la nécessité de maintenir la pression sur les cellules restantes de l’EI.