Sur 400 000 hectares de terres irrigables, la superficie réelle aménagée qui révèle l’ampleur du retard agricole

Le Sénégal dispose de terres arables, de ressources hydriques et d’un ensoleillement propice à l’agriculture, mais peine encore à nourrir l’ensemble de sa population de manière autonome. C’est pour interroger ce paradoxe que le quotidien national Le Soleil a réuni, ce 10 février à Dakar, décideurs politiques et experts du secteur. Loin des discours de complaisance, cette première édition des « Grandes Rencontres » a permis de confronter les ambitions gouvernementales à la réalité chiffrée du terrain.

Organisée autour du thème de la souveraineté alimentaire et de l’économie rurale à l’horizon 2050, cette rencontre a servi de cadre à un diagnostic sans fard. En présence du ministre de l’Agriculture, Mabouba Diagne, et du directeur général du Soleil, Lamine Niang, les échanges ont mis en lumière les défis structurels qui entravent l’essor du secteur primaire. Comme le rapporte Sud Quotidien, l’objectif était de dépasser la simple couverture médiatique pour « éclairer les enjeux » et servir l’intérêt public.

**Une ambition face à six freins majeurs**

Si le ministre de l’Agriculture a défendu les avancées récentes, notamment l’intégration des outils numériques permettant aux producteurs de suivre les rendements et les marchés en temps réel, le constat technique reste sévère. Sémou Diouf, directeur général de l’Agence Nationale d’Insertion et de Développement Agricole (ANIDA), a identifié six obstacles qui plombent la productivité nationale.

Le premier frein demeure la dépendance quasi exclusive à la pluviométrie. Selon les données partagées lors du forum, près de 80 % des agriculteurs sénégalais ne travaillent que trois à quatre mois par an, durant l’hivernage. Une saisonnalité qui maintient une grande partie de la main-d’œuvre dans une précarité cyclique.

Le déficit d’aménagements hydro-agricoles constitue le second point critique. Sur un potentiel irrigable estimé à plus de 400 000 hectares à travers le pays, moins de 60 000 hectares sont actuellement aménagés. Ce retard considérable empêche la pratique d’une agriculture continue et intensive, indispensable à l’autosuffisance.

S’ajoutent à cela l’émiettement des exploitations familiales, peu mécanisées, et l’absence de titres fonciers formels qui exclut de fait les paysans du système bancaire classique. Enfin, la dégradation des sols due à la salinisation et l’exode rural des jeunes, qui délaissent un métier jugé pénible, complètent ce tableau des urgences.

**La question du financement au cœur des débats**

La crise de la Covid-19 a servi de révélateur sur la nécessité de constituer des stocks de sécurité. Grâce à une injection massive de liquidités dans l’économie, le Sénégal avait pu éviter les ruptures d’approvisionnement. Forts de cette expérience, les experts recommandent désormais la constitution de réserves stratégiques couvrant au moins cinq mois de consommation.

Cependant, les moyens alloués à l’agriculture ne semblent pas encore à la hauteur des enjeux. Bien que présenté comme un pilier du développement, le secteur capte moins de 10 % du budget de l’État. Pour inverser la tendance et financer la maîtrise de l’eau ainsi que la production de semences de qualité, plusieurs intervenants ont plaidé pour une dotation exceptionnelle de 3 000 milliards de francs CFA, étalée sur plusieurs années.

Des initiatives sont toutefois en cours, comme le programme des Compagnies Agricoles Communautaires (CAC) soutenu par la Banque mondiale, ou la création par l’ANIDA de 582 fermes modernes ayant inséré 47 000 personnes. Des chiffres encourageants, mais qui restent modestes face au besoin de créer deux millions d’emplois dans le secteur.

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