C’est une première depuis le déclenchement des hostilités en avril 2023. Alors que le conflit continue de faire rage dans plusieurs régions du pays, la capitale soudanaise a franchi ce dimanche une étape symbolique majeure dans sa tentative de retour à la normalité, matérialisée par une opération aéroportuaire attendue de longue date.
Le tarmac de l’aéroport international de Khartoum, resté désert de tout trafic commercial régulier pendant plus de deux ans, a renoué avec l’activité civile. Ce dimanche, un appareil de la compagnie nationale Sudan Airways s’est posé dans la capitale, marquant la fin d’une longue interruption des liaisons aériennes grand public. L’avion, transportant plusieurs dizaines de passagers, provenait de Port-Soudan, ville côtière de la mer Rouge devenue le centre administratif temporaire durant les combats.
Selon les éléments rapportés par nos confrères d’Al Jazeera, présents près de la piste, l’arrivée de l’appareil a donné lieu à des scènes de liesse. Ce vol inaugural n’est pas un événement isolé, mais s’inscrit dans une stratégie de redéploiement de l’État : les autorités aéroportuaires affirment désormais que l’infrastructure est prête à accueillir jusqu’à quatre vols quotidiens.
Une reconquête progressive des infrastructures
La reprise de cette ligne, annoncée samedi avec des billets commercialisés à partir de 50 dollars, est présentée par Sudan Airways comme le reflet du « retour de l’esprit et la poursuite de la connexion entre les fils de la nation ». Cette réouverture intervient dans un contexte où le gouvernement, aligné sur l’armée, tente de réaffirmer son autorité sur Khartoum.
Le mois dernier, les autorités ont transféré leur quartier général de Port-Soudan vers la capitale historique. L’armée soudanaise avait annoncé en mars dernier avoir repris le contrôle total de la ville face aux Forces de soutien rapide (FSR), bien que la zone reste sous haute surveillance. L’aéroport lui-même a été la cible d’attaques répétées, notamment une offensive de drone en octobre dernier, interceptée selon les déclarations officielles.
Un contraste saisissant avec le reste du pays
Si la capitale tente de projeter une image de stabilisation, la guerre déclenchée par la lutte de pouvoir entre le général Abdel Fattah al-Burhan et le chef des FSR, Mohamed Hamdan Dagalo, continue de dévaster d’autres régions. Le Darfur, en particulier, reste le théâtre de violences intenses et d’une crise humanitaire majeure.
Eva Hinds, porte-parole de l’UNICEF, a rappelé vendredi la complexité de la situation sur le terrain : « Au Darfur aujourd’hui, atteindre un seul enfant peut prendre des jours de négociation, d’autorisations de sécurité et de voyage sur des routes sablonneuses sous des lignes de front mouvantes ». Tandis que Khartoum célèbre la réouverture de son ciel, des millions de Soudanais demeurent déplacés par un conflit qui a fait des dizaines de milliers de morts.