La situation humanitaire dans l’État de Jonglei connaît une nouvelle détérioration critique. Alors que les affrontements ont repris entre l’armée régulière et une coalition de forces d’opposition, une infrastructure sanitaire essentielle vient d’être rayée de la carte opérationnelle. Médecins Sans Frontières (MSF) a confirmé la destruction partielle de l’un de ses hôpitaux lors d’une frappe aérienne nocturne, un événement qui prive des centaines de milliers de personnes de soins dans cette région enclavée.
L’attaque a visé l’hôpital de Lankien mardi dernier. Selon les éléments communiqués par l’ONG et relayés par Al Jazeera, le raid a détruit l’entrepôt principal de l’établissement, anéantissant la majorité des stocks de médicaments et de matériel critique. Si les patients avaient été évacués quelques heures plus tôt grâce à une alerte sur l’imminence d’une frappe, un membre du personnel a tout de même été légèrement blessé.
**La question de la responsabilité**
Bien que l’identité des assaillants n’ait pas été revendiquée officiellement, MSF pointe une réalité technique incontournable pour désigner l’auteur probable de ce bombardement. Gul Badshah, responsable des opérations de l’ONG dans le pays, a souligné que « les forces armées du gouvernement du Soudan du Sud sont la seule partie armée ayant la capacité d’effectuer des attaques aériennes dans le pays ».
Cette frappe soulève une problématique majeure de coordination et de sécurité. L’organisation humanitaire affirme en effet avoir partagé les coordonnées GPS de toutes ses installations avec le gouvernement et les différentes parties au conflit. MSF précise avoir reçu par le passé la confirmation que ces localisations étaient connues des belligérants, rendant cette attaque d’autant plus « inacceptable » pour l’ONG.
**Une série noire pour l’aide humanitaire**
Cet incident n’est pas isolé. Il marque la dixième attaque contre une structure gérée par MSF au cours des douze derniers mois. Outre le bombardement de Lankien, une autre installation sanitaire située à Pieri, dans la même région, a été pillée mardi par des assaillants non identifiés, la rendant inutilisable.
Les conséquences pour les populations locales sont immédiates. MSF était l’unique fournisseur de soins pour environ 250 000 personnes dans ces zones. L’organisation se voit désormais contrainte de réévaluer sa présence pour assurer la sécurité de ses équipes, alors que l’ONU estime que 280 000 personnes ont été déplacées par les combats et les bombardements aériens depuis décembre.
Sollicités par les médias, les porte-paroles du gouvernement et de l’armée sud-soudanaise n’ont pas souhaité commenter ces accusations dans l’immédiat.