Dans un contexte économique marqué par une inflation persistante, la promesse républicaine du travail comme vecteur d’ascension sociale ou de stabilité financière semble s’effriter en France. Une nouvelle étude met en lumière une rupture profonde entre les efforts fournis par les salariés et la perception de leur rémunération réelle.
Selon les données relayées par l’agence Anadolu, s’appuyant sur un sondage Elabe réalisé pour BFMTV, une très large majorité de Français estime désormais que l’emploi ne garantit plus une vie décente. Les chiffres sont sans appel : 77% des personnes interrogées considèrent que le travail « ne paie pas ». Dans le détail, 54% répondent « pas vraiment » et 23% affirment que cela ne permet « pas du tout » de s’en sortir financièrement.
Une fracture territoriale et sociale
Ce sentiment de déclassement n’est pas uniforme sur le territoire. Il atteint des sommets chez les habitants des zones rurales et des petites agglomérations, où 84% des sondés partagent ce constat négatif. Les actifs (79%) et la tranche d’âge des 35-64 ans (83%), souvent au cœur des charges familiales, sont particulièrement touchés. À l’inverse, une minorité de 23% juge encore que leur activité professionnelle permet de vivre correctement.
La réduction des dépenses privilégiée au « travailler plus »
Face à cette érosion du pouvoir d’achat, les stratégies d’adaptation évoluent. Interrogés sur les leviers pour améliorer leur niveau de vie, les Français ne privilégient pas l’augmentation du temps de travail. La réduction des dépenses et l’optimisation du budget arrivent largement en tête (51%).
Les solutions liées à l’investissement professionnel sont reléguées au second plan : travailler davantage ou se former ne sont cités que par 28% des répondants, tandis que changer d’entreprise est envisagé par 27% d’entre eux. D’autres options comme l’investissement immobilier (32%) ou le déménagement vers une zone moins onéreuse (31%) devancent l’effort professionnel supplémentaire.
L’impact de l’inflation sur les revenus
L’enquête met également en exergue la stagnation des revenus face à la hausse des prix. Sur les trois dernières années, 39% des actifs déclarent que leurs revenus sont restés stables, ce qui, corrigé de l’inflation, équivaut à une perte sèche de pouvoir d’achat. Pour 18% des sondés, les revenus ont même diminué. Seule une infime minorité de 5% estime avoir réellement gagné en pouvoir d’achat durant cette période.
Méconnaissance et critique des charges sociales
Au-delà du ressenti, le sondage révèle une confusion sur la structure même du salaire. Environ 54% des Français peinent à estimer l’écart réel entre le salaire brut et le net, qui est en moyenne de 22% pour un non-cadre et de 25% pour un cadre. Toutefois, une fois informés, le jugement est sévère : 71% des personnes interrogées estiment que cet écart est trop important et que le modèle social pèse de manière excessive sur les fiches de paie, attribuant la perte de pouvoir d’achat à l’inflation (63%) et au coût du travail (60%).