Une catastrophe humanitaire imminente menace la Somalie. Le Programme Alimentaire Mondial (PAM) des Nations Unies a lancé un cri d’alarme : sans un financement d’urgence, ses distributions d’aide alimentaire vitale pourraient cesser dès le mois d’avril. Cette suspension laisserait des millions de personnes, déjà fragilisées par une sécheresse historique et les conflits, face à un risque de famine.
Selon les données de l’agence onusienne, la situation est déjà critique. Près d’un quart de la population, soit 4,4 millions de Somaliens, est confronté à une insécurité alimentaire aiguë. Parmi eux, près d’un million de personnes, dont une majorité de femmes et d’enfants, souffrent de faim sévère.
Cette crise complexe est le résultat d’une convergence de fléaux : deux saisons des pluies consécutives déficitaires, des conflits persistants et une chute drastique des financements humanitaires dans un pays classé parmi les plus vulnérables au changement climatique.
« La situation se détériore à une vitesse alarmante », a déclaré Ross Smith, directeur des opérations d’urgence du PAM. « Les familles ont tout perdu. Sans un soutien immédiat, les conditions vont s’aggraver rapidement. Nous sommes à un moment décisif ; sans action urgente, nous risquons de ne pas pouvoir atteindre les plus vulnérables à temps. »
Les conséquences du manque de fonds sont déjà visibles sur le terrain. Le PAM, principale agence humanitaire dans le pays, a dû réduire le nombre de bénéficiaires de son aide de 2,2 millions à seulement 600 000. Concrètement, seule une personne sur sept dans le besoin peut aujourd’hui être secourue. Les programmes de nutrition ont subi des coupes similaires, passant de près de 400 000 femmes enceintes, allaitantes et jeunes enfants pris en charge en octobre à 90 000 en décembre dernier.
Cette alerte fait écho à celle lancée le mois dernier par Médecins Sans Frontières (MSF), qui constatait une augmentation inquiétante des cas de malnutrition aiguë sévère et de maladies évitables comme la rougeole chez les enfants. Pour Ross Smith, les implications dépassent les frontières du pays : « Si notre aide, déjà réduite, s’arrête, les conséquences humanitaires, sécuritaires et économiques seront dévastatrices et se feront sentir bien au-delà de la Somalie. »