Sokhna Diaw théorise l’exportation de la culture locale : Le modèle international précis qui inspire la standardisation de la Teranga

Initialement prévue pour se clôturer en janvier, l’exposition « Terangaesprit » joue les prolongations au Musée Théodore Monod jusqu’au 28 février. Au-delà de la simple mise en scène d’objets traditionnels, cette initiative portée par Sokhna Diaw pose les jalons d’une réflexion économique et sociétale bien plus vaste : transformer l’hospitalité sénégalaise, souvent informelle, en une norme certifiée et exportable.

Le constat de départ, détaillé par l’artiste et consultante dans les colonnes de notre confrère Le Quotidien, repose sur une dichotomie frappante. Si la Téranga est une réalité tangible dans la sphère domestique, elle peine souvent à se matérialiser dans l’espace public, les services administratifs ou le secteur privé formel. L’ambition du projet est de combler ce fossé en transposant les codes de l’accueil familial vers le monde professionnel.

Une méthodologie inspirée des normes ISO

L’approche ne se limite pas à la préservation du patrimoine ; elle vise la standardisation. Sokhna Diaw, forte de son expertise en normes qualité, a structuré le concept autour de trois piliers fondamentaux : le « Teeru » (l’accueil chaleureux), le « Teral » (le service raffiné) et le « Taaru » (l’élégance relationnelle). Pour crédibiliser cette démarche auprès des institutions et des entreprises, un outil de mesure nommé « Toppato » a été élaboré pour évaluer l’application de ces principes.

Cette volonté de codification s’appuie sur des objets symboliques forts, présentés lors de l’exposition réalisée en collaboration avec la céramiste Fatyly, le cabinet D+D ArchiDesign et Serey Concept. Le sable tamisé à l’entrée évoque la propreté, le canari symbolise la fraîcheur de l’accueil, tandis que le pagne tissé représente le suivi de l’individu tout au long de son existence. L’objectif est de réintroduire cette « chaleur humaine » là où la digitalisation et la bureaucratie tendent à déshumaniser les interactions.

Un label exportable comme levier de croissance

La finalité de cette démarche dépasse les frontières nationales. Selon Sokhna Diaw, la standardisation de la Téranga doit permettre de créer un label de qualité reconnu internationalement, capable de renforcer l’attractivité de la destination Sénégal. Pour illustrer le potentiel de ce « soft power », l’initiatrice du projet n’hésite pas à comparer cette ambition au succès planétaire du yoga pour l’Inde. À l’image de cette discipline devenue une marque mondiale, l’hospitalité sénégalaise, une fois normée et professionnalisée, pourrait devenir un produit d’exportation culturel et économique majeur.

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