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Si Senghor revenait sur terre, il prendrait la carte des FDS (Babacar DIOP)

 Rester socialistes sans retourner au bercail de la S.F.I.O », L.S. Senghor, Liberté II, 1971, p.54.

En 1948, Léopold S. Senghor et ses compagnons parmi lesquels Mamadou Dia, Édouard Diatta, Ibou Diallo, Ibrahima Seydou Ndaw, décidèrent de créer un parti politique nouveau dénommé Bloc démocratique sénégalais (BDS). Leur vocation était de représenter les aspirations des paysans, des pêcheurs, des pasteurs, des ouvriers, bref des masses laborieuses. Expliquant la ligne idéologique originelle du BDS qui se démarquait de la SFIO de l’époque, Léopold S. Senghor disait : « Me Lamine Gueye représentait la bourgeoisie citadine, tandis que moi, je représentais la campagne » (La poésie de l’action, 1980, p.113). Ainsi, Senghor, député du monde rural, était un « tribun de la plèbe », car il était l’avocat politique des masses anonymes des campagnes qui avaient soif et faim, des campagnes qui vivaient dans la pauvreté et l’obscurantisme. Aujourd’hui, c’est tout cet héritage à la fois politique et humaniste qui risque de disparaître.

Au début de l’aventure, il s’agissait d’un projet humaniste de libération des classes opprimées. Le discours du parti était structuré autour des valeurs fortes comme la liberté, la justice sociale, la dignité des peuples, le développement humain, la prospective avec toujours en toile de fond l’humain comme finalité de l’action politique. Léopold S. Senghor et Mamadou Dia constituaient les deux piliers de ce grand projet de libération. Il est malheureux de constater que ces idées politiques ancrées dans l’idéal de justice disparaissent dans le discours des socialistes d’aujourd’hui.

Le Parti socialiste ne vit plus, parce qu’il ne se nourrit plus des grandes idées et des valeurs qui ont présidé à sa naissance en 1948 date de sa création, et en 1951, l’année où les campagnes prenaient leur revanche sur les Quatre Communes. Il est devenu un parti d’opportunistes, c’est-à-dire, un parti banal sans projet qui n’a de socialisme que de nom et qui ne connaît Senghor que de nom.

Cet opportunisme ambiant se caractérise par un seul principe : l’absence de principes directeurs comme seul critère politique. Le socialisme, à la sénégalaise, est devenu une étiquette pour un groupe d’individus enclin à assouvir des désirs trop perceptibles. Senghor est devenu un nom qu’ils brandissent comme un sésame pour accéder confortablement à certains rendez-vous. Il est bien évident de constater que le parti est soumis à une élite d’opportunistes avides de pouvoir pour satisfaire des intérêts particuliers et bassement matériels. Cette cuirasse bureaucratique emprisonne le parti dans des intérêts purement égoïstes et l’empêche d’avoir une perspective d’avenir pour le Sénégal.

Aujourd’hui, dans ce parti qui a usurpé le nom de socialisme, on ne parle plus de projet, le débat tourne autour du nombre de postes ministériels attribués, de rotation entre les membres d’une bureaucratie qui s’entredéchire pour occuper des fonctions de pouvoir. Une nouvelle direction politique sans légitimité va encore troquer le socialisme à un libéral peu fréquentable, sans éthique et pas recommandable contre quelques postes ministériels.

Pendant ce temps, les vrais militants n’auront pas la possibilité de participer à un débat démocratique sur l’avenir de leur parti. Les dirigeants actuels du parti doivent se rappeler la grande leçon politique de Senghor aux socialistes du monde : « Dans le ‘le socialisme démocratique’, l’épithète de « démocratique » nous semblait plus importante que le substantif de « socialisme », car il ne peut y avoir de véritable socialisme sans démocratie » (La poésie de l’action, 1980, p.114-115). Ainsi meurent les partis politiques qui refusent de se réformer, de se moderniser, de se renouveler et de se démocratiser.

J’ai dit sur tous les toits que le Parti socialiste se trompe d’époque en s’enfermant dans le centralisme démocratique, refusant toute ouverture démocratique interne, devenant un parti de barrons et cessant d’être un parti des masses. J’ai dit cent fois que le centralisme démocratique est la pire des écoles ; il a pour conséquence immédiate l’autoritarisme ou la répression interne de la créativité des militants authentiques. La direction du parti considère les militants comme des instruments d’action, non pas comme des porteurs de volonté, comme des instances d’exécution de l’action décidée en haut par un Bureau politique infaillible.

Elle ne les considère pas comme capables de volonté et de décision par eux-mêmes. J’ai répété plusieurs fois que le bureaucratisme est toujours en cours au PS et se manifeste par le règne de la dictature des intérêts particuliers d’une minorité composée de quelques caciques véreux au détriment de l’intérêt général des militants. Ainsi, nous avons décidé de rompre solennellement avec cette pratique qui se détourne du peuple. Cette bureaucratie usurpatrice a transformé en cauchemar l’idée politique la plus généreuse des temps modernes: le socialisme. C’est pourquoi, comme Senghor, nous avons décidé de rester socialistes sans retourner à la Maison du Parti, cette demeure naturelle ayant perdu son âme dans les méandres purement égoïstes.

Nous appelons les vrais socialistes à rejoindre FDS

Nous sommes les héritiers légitimes de Senghor et de Mamadou Dia. Nous n’ignorons pas la rupture de 1962. Mais nous restons fidèles à l’esprit originel de 1948. Aujourd’hui, FDS est le parti du peuple, le parti des masses, des pauvres, des oubliés, des victimes, des invisibles et des exclus. Nous sommes le parti des travailleurs, des jeunes et des femmes. Nous croyons aux idéaux du socialisme et de la démocratie, de la solidarité et de la fraternité entres les humains et les peuples La centralité de l’Humain reste notre crédo.

Nous portons le drapeau du socialisme africain. C’est à nous d’assurer et d’assumer le legs de Kwamé Nkrumah, Julius Nyerere, d’Amicar Cabral et de Ruben Um Nyobe. Nous sommes d’avis que l’idéal socialiste ne doit pas mourir en Afrique. C’est pourquoi, nous demandons à tous les socialistes déçus et abattus, déboussolés et découragés de venir massivement grossir nos rangs. Nous devons construire une alternative de gauche au Sénégal qui ouvrira la brèche en Afrique, de manière très décomplexée. FDS s’engage à nouveau dans un « processus de libération des victimes (même des classes ou des nations opprimées par le capitalisme) sur la planète Terre » (E. Dussel, L’Éthique de la libération, 2002, p.209). Sans aucun doute, nous incarnons l’avenir de la gauche en Afrique.

Nous nous sommes lancés dans la construction d’un parti nouveau, un parti de la démocratie et de la justice sociale, adossé à des valeurs humanistes, écologistes et progressistes. Nous refusons d’être seulement et uniquement un « parti machine électorale », qui assure sa survie par le clientélisme, le népotisme et le marchandage. Ce type d’appareil politique est corrompu et corrompt la démocratie et la politique. Nous voulons construire un parti profondément démocratique, de la tête aux pieds, stratégiquement critique et révolutionnaire, un parti dont la ligne politique est tracée par la majorité de ses militants et non par la dictature d’une quelconque direction politique infaillible, engluée dans la gestion quotidienne de ses intérêts égoïstes. La conduite quotidienne des acteurs politiques doit être en cohérence avec les principes directeurs du parti.

Un parti politique n’existe pas seulement et uniquement pour élire des candidats, il doit produire un projet d’émancipation et de libération des opprimés et des dominés afin de leur permettre de vivre pleinement et de satisfaire leurs besoins de base : manger, boire, se soigner, se vêtir, se loger et s’éduquer. Il doit construire une alternative révolutionnaire et démocratique fondée sur la justice sociale, le développement durable et la bonne gouvernance.

La cause des socialistes authentiques est une source d’inspiration pour toute personne honnête d’un monde infesté d’injustices de toutes sortes, car elle est une lutte pour la vie, pour la dignité de l’humaine condition. Les vrais militants socialistes ne luttent pas pour l’argent, des postes ou des privilèges. Ils se battent pour transformer le monde, pour toutes les victimes qui veulent recouvrer leur dignité et pour les générations futures susceptibles de vivre d’innombrables dommages infligés à leur planète. Dans cette perspective ancrée dans le développement durable, le socialisme tel que nous l’incarnons reste un mouvement international susceptible de protéger les biens publics mondiaux.

Une nouvelle utopie africaine concrète

En raison de tout ce qui précède, nous disons que FDS se veut « un corps de serviteurs publics » qui travaille pour la construction d’une nouvelle utopie africaine concrète. Chez nous la politique est un sacerdoce et un sacrifice au service du peuple. La politique est avant tout une action en vue de la production, de la reproduction et du développement de la vie humaine et de la communauté politique.

FDS est une synthèse et une innovation de l’histoire de la gauche africaine, encore plus ouvert sur des enjeux émergents de notre époque comme le développement durable, c’est-à-dire une prise en compte harmonieuse des sphères sociale, économique et environnementale. Nous en avons pris la substantifique moelle. C’est pourquoi, si Senghor et Mamadou Dia revenaient, ils militeraient chez nous.

Ainsi, nous refusons de perdre notre énergie dans le bavardage inutile des nostalgiques obtus qui pensent que la légitimité politique se mesure au nombre d’années passées dans un parti, même si on ne se souvient plus de ses idées et de ses valeurs originelles.

Notre génération doit assumer ses responsabilités devant l’histoire.  Le temps de l’action est venu. Il nous faut nous ceindre les reins, assumer nos responsabilités de militants politiques révolutionnaires. Dans toutes les hypothèses, nous considérons que le socialisme ne peut servir de wagon de queue. C’est une doctrine philosophique et politique dont le message doit être réactualisé face aux conséquences désastreuses des politiques néolibérales. Le wagon ne cesse jamais d’être wagon ; il ne sera jamais la locomotive. C’est pourquoi, nous devons inventer de nouvelles voies afin de fabriquer une nouvelle locomotive du progrès. Alors, il nous faudra oser inventer notre propre route. En définitive, nous sommes d’avis que « c’est dans la nouveauté que la vie s’ouvre des chemins » (E. Dussel, Histoire et théologie de la libération, 1974, p.154). FDS grandit chaque jour dans le cœur des gens du peuple, ses idées commencent à pénétrer les masses. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle des milliers de jeunes se retrouvent dans son projet politique. Ils seront des millions dans les années à venir.

Nous voulons construire un grand parti dont le bastion sera le Sénégal. Comme disait Jean Jaurès : « Notre drapeau reste largement déployé comme au premier jour : à tous les vrais démocrates de s’y rallier et de le suivre » (Œuvres, tome 2 Le passage au socialisme 1889-1893, Fayard, 2011, p.617). L’idée socialiste vit encore dans les cœurs sincères qui veulent réaliser la pleine justice sociale sur terre. L’ordre social actuel, injuste, inégalitaire et corrompu est condamné par toutes les consciences justes.

Le petit peuple humble se réveille à nouveau. C’est ce qui nous motive à planter à nouveau le drapeau des espérances sociales. Nous tendons la main aux vrais militants du socialisme : les grandes idées sont impérissables.
Dr Babacar DIOP, Secrétaire général des Forces démocratiques du Sénégal (FDS)
[email protected]

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