La situation alimentaire en Afrique de l’Ouest et au Sahel continue de se détériorer malgré les efforts en cours. Lors de la présentation des dernières projections du Cadre harmonisé à Dakar, les experts ont dressé un état des lieux préoccupant qui place la région face à une urgence humanitaire imminente. Si les indicateurs actuels sont déjà au rouge, c’est la trajectoire pour les mois à venir qui mobilise l’attention des institutions internationales.
Selon les informations rapportées par Le Quotidien, le nombre de personnes en situation d’insécurité alimentaire aiguë pourrait connaître une hausse drastique lors de la prochaine période de soudure, située entre juin et août 2026. Les projections anticipent un passage de 41,8 millions de personnes actuellement touchées à environ 52,8 millions si aucune mesure corrective d’envergure n’est appliquée immédiatement.
Cette aggravation programmée repose sur une convergence de facteurs qualifiée de « cocktail explosif » par les spécialistes. L’instabilité sécuritaire, particulièrement dans le bassin du lac Tchad et la zone du Liptako-Gourma, continue de restreindre l’accès aux terres cultivables et de désorganiser les circuits commerciaux. À cette violence s’ajoutent les chocs climatiques affectant les rendements, ainsi qu’une inflation persistante sur le coût des intrants agricoles qui fragilise le pouvoir d’achat des ménages.
L’analyse des données révèle des disparités géographiques marquées, mais une tendance générale à l’aggravation. Des pays comme le Nigeria, le Tchad, le Cameroun et le Niger sont particulièrement exposés. Le rapport souligne également que le Sénégal, aux côtés du Mali et du Nigeria, compte une partie de ses citoyens parmi les 1,4 million de personnes actuellement en phase d’urgence absolue. Dans l’État de Borno, au Nigeria, le risque de basculer en phase « catastrophe » (famine) concerne désormais plus de 15 000 personnes.
Face à ce scénario, la FAO, par la voix de sa Coordonnatrice sous-régionale Bintia Stephen-Tchicaya, appelle à une réorientation rapide des priorités. L’organisation plaide pour un soutien immédiat à la production vivrière locale et un investissement accru dans la résilience des communautés rurales, alors que la baisse des financements humanitaires limite les capacités de réponse.