Disparition d’un des artisans de la consolidation des relations diplomatiques entre le Sénégal et le monde arabe, l’Ambassadeur Mohamed Chams Eddine Ndoye
L’Ambassadeur Mohamed Chams Eddine Ndoye fut l’un des pionniers de la diplomatie sénégalaise et l’un des plus illustres artisans de la consolidation des relations diplomatiques entre la République du Sénégal, nouvellement indépendante, et le monde arabe.
Diplômé en sociologie de l’Université du Caire (en Égypte) où furent formés un grand nombre d’élites du monde arabe, il était un fin connaisseur de la langue et de la culture arabes et avait su nouer des relations de confiance avec les dirigeants des États où il eut à exercer la fonction d’Ambassadeur de son pays. Ces relations de confiance, sa connaissance de la sociologie du monde arabe et le respect dont il bénéficiait auprès des autorités des pays hôtes ont été des facteurs clés dans la réussite des missions qui lui ont été confiées.
Alors qu’il envisageait initialement de s’orienter vers le domaine de la recherche, c’est le Président Senghor lui-même qui conseilla à l’Ambassadeur Chams Eddine Ndoye de se lancer dans une carrière de diplomate après qu’il avait pris connaissance du dossier de candidature que l’Ambassadeur Ndoye avait déposé à la Présidence pour travailler comme Chercheur à l’IFAN.
À une époque où le Sénégal nouvellement indépendant ne disposait pas d’un très grand nombre d’universitaires (et encore moins d’universitaires spécialistes du monde arabe, maitrisant à la fois le français et l’arabe), les dossiers de Sénégalais possédant une licence (ou un diplôme supérieur) étaient souvent envoyés à la Présidence.
Il débuta ainsi sa carrière au ministère des Affaires Étrangères au début des années 1970 comme Diplomate avec rang de Conseiller puis devint rapidement après Chef de Division Moyen-Orient au moment où le Ministre Karim Gaye était ministre des Affaires Étrangères. En 1972, il fut nommé Premier Conseiller à l’Ambassade du Sénégal en Arabie Saoudite où il devint peu après Premier Conseiller avec lettre (autrement dit, Chef de Mission), suite au départ de l’Ambassadeur Ahmed Diop. C’est dans ce cadre qu’il participa aux réunions fondatrices de l’(alors toute jeune) Organisation de la Conférence Islamique (OCI), à une époque où la création d’une telle organisation était loin de faire l’unanimité au sein des pays arabes.
Au cours d’une de ces réunions, la délégation du Sénégal (qui comptait le Ministre Karim Gaye et l’Ambassadeur Chams Eddine Ndoye) a été du côté de ceux qui ont défendu le bien-fondé de l’existence de l’OCI sur la base d’arguments solides contre-carrant les détracteurs de l’organisation (parmi lesquels des nationalistes arabes).
C’est également dans les années 1970 que le Président Senghor fut désigné par l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) comme l’un des quatre présidents africains choisis pour être médiateurs entre Israéliens et Arabes. En 1976, le Président Senghor nomma l’Ambassadeur Chams Eddine Ndoye Ambassadeur en Syrie, en même temps accrédité au Liban et en Jordanie comme Ambassadeur non-résident.
Alors que le Sénégal ne disposait pas encore d’une Ambassade en Syrie, le Président Senghor justifia sa décision de la créer par le fait que Damas était « l’un des meilleurs observatoires sur le conflit israélo-arabe ». Dès sa présentation de lettres de créance, l’Ambassadeur Chams Eddine Ndoye fut remarqué par le Président Hafez El Assad (un des leaders du mouvement nationaliste arabe) qui admira sa maitrise de la langue et de la culture arabes.
Le travail effectué par l’Ambassadeur Ndoye joua un rôle important dans la fluidification des relations entre le Sénégal et la Syrie, de même que dans le renforcement des relations entre le Sénégal et l’Irak (autre bastion du nationalisme arabe). En 1978, il retourna comme Ambassadeur en Arabie Saoudite, pays où il jouissait d’excellentes relations avec les autorités. Il fut également accrédité en Jordanie, au Bahreïn, à Oman et aux Émirats Arabes Unis comme Ambassadeur non-résident.
En 1981, il fut nommé par le Président Abdou Diouf Ambassadeur au Koweït, en même temps accrédité à Bahreïn et au Liban comme Ambassadeur non-résident. À un moment où les relations bilatérales entre le Sénégal et le Koweït étaient dans des eaux troubles, il sut avec ingéniosité les réparer. En 1983, il fut nommé Ambassadeur en République Arabe d’Égypte, en même temps accrédité à Khartoum (Soudan) et à Damas (Syrie) comme Ambassadeur non-résident.
L’Égypte est le pays où il a officié le plus longtemps puisqu’il y a passé plus de 13 années en tant qu’Ambassadeur. Il y fut notamment Doyen du corps diplomatique africain et vice-doyen du corps diplomatique. Dans le cadre de ses missions au Caire, il fut Chef de la délégation sénégalaise auprès de la Banque Arabe pour le Développement économique de l’Afrique (BADEA) et contribua grandement au financement par la BADEA de plusieurs projets au Sénégal.
Au cours de sa carrière, l’Ambassadeur Chams Eddine Ndoye a toujours défendu les intérêts de son pays avec fermeté, courtoisie et intelligence. Partout où il est passé, son travail a été fortement apprécié par les plus hautes autorités gouvernementales. C’est ainsi que lors de sa dernière année en Égypte, il a bénéficié d’un témoignage écrit de satisfaction de l’État égyptien par la voix du ministre des Affaires étrangères.
Ses collègues ambassadeurs lui vouaient également un grand respect. Sur le plan de l’assistance qu’il a apportée à ses compatriotes établis dans les pays arabes, sa gestion a là aussi été une réussite. Toujours prêt à leur venir en aide, il a été notamment à l’origine de nombreuses initiatives visant à fédérer les étudiants sénégalais d’Égypte (dont un bon nombre était issu de familles maraboutiques) et sa porte a toujours été grandement ouverte à ses concitoyens sans distinction aucune. À titre d’anecdote, il lui arrivait de se rendre dans les prisons égyptiennes pour s’enquérir des conditions de détention des citoyens sénégalais.
Au terme d’une carrière d’ambassadeur longue (s’étalant sur plus de vingt ans), riche et sans faute, il est rentré au Sénégal en 1996 où il a été élevé au rang d’Ambassadeur honoraire. À travers cette distinction et les nombreuses autres qu’il a reçues tout au long des années, c’est le parcours d’un homme intègre et pétri de valeurs qui est mis en lumière.
Mais l’Ambassadeur Chams Eddine Ndoye n’était pas seulement un grand diplomate, il était également un soufi et un guide religieux doté d’un grand savoir dans les sciences musulmanes. Il a porté avec habileté cette double casquette durant toute sa vie. Né en 1935 à Saint-Louis du Sénégal dans la demeure de son grand-père maternel, l’érudit soufi Seydil El Hadj Malick Sy, il grandit à « Dakar-Plateau » dont est originaire son père le grand notable et homme politique lébou Amadou Assane Ndoye.
Sa mère, Sokhna Oumou Khairy Sy Malick, fut la première femme à créer une école coranique (ou daara) à Dakar. C’est elle qui lui enseigna très tôt le Coran, qu’il maitrisa avant l’âge de 10 ans. Suite à la disparition de sa mère alors qu’il n’avait que 16 ans, ce sont (entre autres) son père (Mouqqadam de Seydil Hadj Malick Sy), ses oncles maternels (notamment Serigne Babacar Sy et Mame Abdoul Aziz Sy Dabakh, tous deux ex-Khalifes Généraux des Tidianes) et son oncle Serigne Hady Touré (Mouqqadam de Seydil Hadj Malick et figure importante dans sa vie) qui le prirent sous leurs ailes pour parfaire son éducation dans le domaine des sciences islamiques.
L’Ambassadeur Mohamed Chams Eddine Ndoye nous a quittés le vendredi 22 août 2025 comme il a toujours vécu, dans la discrétion. Il était un homme intègre, courtois, discret, humble, d’une gentillesse et d’une générosité sans limite, d’une douceur, d’un calme et d’une dignité incomparables.
Les témoignages de ceux qui ont eu la chance et le privilège de croiser le chemin de l’Ambassadeur Mohamed Chams Eddine Ndoye sont unanimes : ce fut un homme aux qualités exceptionnelles dont le parcours a été remarquable. Qu’Allah le Tout Puissant lui accorde sa Miséricorde et l’accueille dans son Éternel Paradis.
Ses enfants*