C’est une tempête politique d’une rare intensité qui secoue actuellement Londres, remettant en cause les processus de vérification au plus haut sommet de l’État. Alors que les relations troubles entre le financier déchu Jeffrey Epstein et l’élite mondiale continuent de livrer leurs secrets, le Premier ministre Keir Starmer se retrouve contraint de gérer une crise majeure impliquant l’un des diplomates les plus en vue du Royaume-Uni. Au cœur de ce scandale, des échanges d’emails récemment exhumés suggèrent que la frontière entre amitié privée et secrets d’État a été franchie de manière critique.
Le dossier Peter Mandelson, figure historique du Parti travailliste et jusqu’à récemment ambassadeur du Royaume-Uni aux États-Unis, a pris une tournure judiciaire cette semaine. Selon les informations relayées par Al Jazeera, la police britannique a officiellement ouvert une enquête criminelle pour « inconduite dans une fonction publique ». Cette infraction, passible de la réclusion à perpétuité outre-Manche, sanctionne les abus de confiance commis par des détenteurs de l’autorité publique.
**Des informations confidentielles sur la crise financière**
Ce qui accable l’ancien ministre, ce n’est plus seulement sa proximité connue avec le délinquant sexuel, mais la nature précise des informations qu’il aurait partagées. Les nouveaux fichiers rendus publics révèlent que Peter Mandelson aurait transmis à Jeffrey Epstein des données sensibles sur les marchés financiers alors qu’il était en fonction.
Un échange daté du 9 mai 2010 retient particulièrement l’attention des enquêteurs. Dans ce courriel, Mandelson informe le financier que le plan de sauvetage des banques de la zone euro, d’un montant de 500 milliards d’euros, est « presque complet ». Le lendemain, les gouvernements européens officialisaient cette mesure historique. Ces éléments laissent supposer que Jeffrey Epstein a pu bénéficier d’informations privilégiées à des fins d’enrichissement personnel, une perspective qui a provoqué la consternation au Parlement britannique.
**Les excuses publiques du Premier ministre**
Face à la gravité des révélations, Keir Starmer a dû se livrer à un exercice de contrition publique. Le chef du gouvernement a présenté ses excuses aux victimes d’Epstein pour avoir nommé Mandelson à un poste diplomatique aussi stratégique. « Mandelson a trahi notre pays, notre parlement et mon parti », a déclaré le Premier ministre, affirmant avoir été trompé sur la « profondeur et la noirceur » de cette relation.
Les documents montrent en effet que les liens entre les deux hommes ont perduré bien après la première condamnation d’Epstein en 2008 pour sollicitation de prostitution sur mineure. Des courriels indiquent que Mandelson a encouragé le financier à « se battre pour une libération anticipée » et qu’il a continué à fréquenter ses résidences après sa sortie de prison.
**Une chute politique brutale**
Les conséquences ont été immédiates pour l’homme politique de 72 ans. Déjà démis de ses fonctions d’ambassadeur en septembre suite aux premières fuites, Peter Mandelson a démissionné du Parti travailliste dimanche dernier. Dans une lettre citée par la presse britannique, il exprime ses regrets tout en cherchant à préserver sa formation politique de « l’embarras supplémentaire » causé par cette affaire.
Outre les fuites d’informations, les enquêteurs s’intéressent également à des mouvements financiers suspects. Les archives font état de versements totalisant 75 000 dollars entre 2003 et 2004 vers des comptes liés à Mandelson ou à son partenaire, ainsi qu’un paiement ultérieur en 2009. L’intéressé a déclaré ne pas se souvenir d’avoir reçu ces fonds, mais a admis qu’accepter de l’argent d’Epstein constituait « une erreur de jugement collectif ».
Le Premier ministre a ordonné une révision urgente de tous les contacts que Mandelson a pu avoir avec Epstein durant ses années au gouvernement, promettant la transparence totale sur ce dossier, à l’exception des éléments touchant à la sécurité nationale.