Royaume-Uni : un collectif d’avocats dévoile les preuves de 964 actes de répression ciblant un mouvement de solidarité

Au Royaume-Uni, le monde académique, culturel et professionnel est le théâtre d’une vague de sanctions et de procédures disciplinaires. Une base de données inédite, rendue publique par des experts juridiques, vient de quantifier l’ampleur de ces mesures ciblant une frange précise de l’espace public britannique.

Selon les informations rapportées par Al Jazeera, le Centre européen de soutien juridique (ELSC) a authentifié 964 cas de répression à l’encontre de voix pro-palestiniennes entre janvier 2019 et août 2025. Réalisée conjointement avec les chercheurs de Forensic Architecture, cette étude prend la forme d’un « Indice de répression » accessible au grand public. Pour l’organisation, ces données mettent en lumière un effort systématique visant à démanteler le mouvement de solidarité envers la Palestine à tous les échelons de la société.

L’analyse des dossiers révèle une diversité de profils touchés. Notre rédaction note parmi les cas documentés celui d’un étudiant de l’Université de Warwick, signalé à la police par son établissement pour avoir brandi une pancarte établissant un parallèle entre Israël et l’Allemagne nazie lors d’un rassemblement en novembre 2023. Arrêté pour « aggravation raciale », il a finalement vu les charges abandonnées et son dossier effacé suite à l’intervention de l’ELSC. Dans le monde du sport, l’intendant d’un club de football a été licencié après avoir partagé ses opinions sur la conduite d’Israël sur les réseaux sociaux.

Un autre dossier détaillé dans le rapport concerne Dana Abuqamar, étudiante à l’Université de Manchester. Le ministère de l’Intérieur britannique avait révoqué son visa à la suite d’une intervention sur la chaîne Sky News, des propos signalés par l’organisation UK Lawyers for Israel (UKLFI). Elle a par la suite remporté son appel fondé sur les droits humains. L’ELSC souligne que des groupes de défense pro-israéliens, dont UKLFI, ainsi que certains médias, sont impliqués dans 138 des incidents recensés par la base de données.

Amira Abdelhamid, directrice de la recherche à l’ELSC, indique à Al Jazeera que l’objectif de ces actions est de dépolitiser le mouvement pour le présenter comme un problème de sécurité ou de conformité.

Cette publication s’inscrit dans un contexte de tensions autour des libertés publiques. Le gouvernement dirigé par Keir Starmer fait face à des accusations de restriction du droit de manifester, notamment après la classification de Palestine Action comme organisation terroriste, une décision récemment jugée illégale par la Haute Cour. En janvier, Human Rights Watch alertait déjà sur un ciblage disproportionné des militants pro-palestiniens et des défenseurs du climat. Parallèlement, les données de l’institut YouGov indiquent qu’un tiers des Britanniques n’éprouvent aucune sympathie pour la partie israélienne, dans un contexte où les opérations militaires ont fait plus de 70 000 morts et ravagé la bande de Gaza en deux ans.

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