La rencontre des ministres de la Défense de l’Alliance atlantique à Bruxelles, ce jeudi, a été le théâtre d’une mise au point stratégique majeure de la part de l’administration américaine. Alors que les incertitudes planent souvent sur l’engagement outre-Atlantique, Washington a profité de cette tribune pour clarifier sa nouvelle doctrine vis-à-vis du Vieux Continent. Le message délivré par le Pentagone ne suggère pas un retrait, mais impose une redéfinition stricte des responsabilités entre les alliés.
L’époque où les États-Unis portaient l’essentiel du fardeau sécuritaire semble révolue. Elbridge Colby, chef de la politique du Pentagone, a plaidé pour ce qu’il nomme un « réalisme lucide ». Selon les informations relayées par Al Jazeera, le responsable américain a insisté sur la nécessité de transformer les relations au sein de l’alliance en « partenariats et non en dépendances ». Pour Washington, l’approche actuelle n’est « plus adaptée à sa finalité » et nécessite une adaptation fondamentale de la part de tous les membres.
Cette nouvelle vision, qualifiée de « OTAN 3.0 », repose sur une distinction opérationnelle précise. Les États-Unis exigent désormais que leurs alliés européens assument la « responsabilité principale de la défense conventionnelle de l’Europe ». Si Washington confirme le maintien de sa dissuasion nucléaire étendue et promet de continuer à s’entraîner et planifier aux côtés des alliés, sa contribution à la défense conventionnelle se fera dorénavant « de manière plus limitée et ciblée ».
Elbridge Colby a tenu à préciser que cette repriorisation des intérêts américains ne constituait pas un abandon de l’Europe, mais une « affirmation de pragmatisme stratégique ». Cette position part du principe que les alliés disposent d’une « capacité indéniable à s’imposer » pour assurer leur propre sécurité sur le terrain classique. La pression américaine pour un rééquilibrage des rôles se veut « respectueuse mais ferme et insistante ».
Le Secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, a qualifié cette réunion de « l’une des plus cruciales » auxquelles il ait participé. Il a souligné que, sur le long terme, le parapluie nucléaire américain restera le garant ultime de la sécurité en Europe et au Canada, tout en maintenant une présence conventionnelle forte des États-Unis.
En marge de ces discussions doctrinales, l’urgence ukrainienne reste au centre des débats. Mark Rutte a annoncé que les États membres ont promis des centaines de millions de dollars pour la liste des exigences prioritaires de l’Ukraine (PURL), une initiative fournissant des équipements et munitions de fabrication américaine. Le Royaume-Uni, l’Islande, la Norvège, la Suède et la Lituanie ont été remerciés pour leurs contributions récentes.
De son côté, le président ukrainien Volodymyr Zelenskyy continue de réclamer une accélération des livraisons, ciblant spécifiquement les systèmes de défense aérienne. « Ce sont les Patriot qui fonctionnent le plus efficacement contre la balistique russe », a-t-il rappelé, insistant sur la nécessité d’un approvisionnement quotidien en missiles pour ces systèmes.