Réparation post-excision : Le bilan de la campagne chirurgicale menée à l’hôpital Abass Ndao au profit des victimes

La lutte contre les Mutilations Génitales Féminines (MGF) au Sénégal amorce un tournant décisif. Si la sensibilisation reste le fer de lance des autorités et des organisations non gouvernementales, la prise en charge médicale des séquelles physiques et psychologiques prend désormais une nouvelle dimension. À l’occasion de la Journée internationale de tolérance zéro à l’égard de ces pratiques, le centre hospitalier Abass Ndao a levé le voile sur une campagne chirurgicale d’envergure, marquant le passage du simple plaidoyer à l’action clinique réparatrice.

C’est une initiative qui redonne espoir à celles qui portent dans leur chair les stigmates d’une tradition néfaste. En marge du colloque scientifique international co-organisé avec les hôpitaux universitaires de Marseille, le Professeur Demba Diédhiou, directeur de l’hôpital Abass Ndao, a révélé les résultats d’une campagne de chirurgie réparatrice débutée le 2 février dernier. Selon les informations rapportées par Sud Quotidien, cette opération a permis la prise en charge de 52 femmes, leur offrant une opportunité de reconstruction tant physique que psychologique.

Cette campagne s’inscrit dans une thématique précise : « De la prévention à la réparation ». Pour le corps médical, il ne s’agit plus seulement d’empêcher l’acte, mais de traiter celles qui en ont déjà été victimes. Le Pr Diédhiou qualifie cette intervention de « réparation d’âme chirurgicale ». Au-delà de l’amélioration fonctionnelle, l’objectif est la restauration de l’estime de soi pour ces patientes souvent confrontées à des douleurs chroniques, des complications obstétriques et des traumatismes profonds.

Si l’action médicale progresse, le tableau statistique national présente encore des contrastes saisissants. Les données partagées lors de cette rencontre font état d’une baisse notable de la prévalence nationale, passée de 28% en 2005 à 21,1% en 2023 chez les femmes de 15 à 49 ans. Cependant, la disparité géographique reste une préoccupation majeure. La région de Matam affiche un taux alarmant de 83%, suivie de Sédhiou (71,3%) et Kédougou (30%), tandis que Diourbel enregistre le taux le plus faible du pays avec 0,8%.

Face à cette réalité persistante, les ambitions de l’hôpital Abass Ndao ne s’arrêtent pas à cette campagne ponctuelle. La direction de l’établissement projette la création d’un centre régional de lutte contre les MGF, intégré au sein de l’hôpital des femmes et des enfants. Ce futur pôle d’excellence aura pour vocation la formation, le soin et la recherche, capitalisant sur l’expertise locale et la coopération internationale.

Cette orientation vers le soin curatif est soutenue par les autorités étatiques. Présente lors du colloque, la ministre de la Famille, de l’Action sociale et des Solidarités, Maïmouna Dièye, a insisté sur la nécessité de « sortir du seul champ du plaidoyer pour investir celui de la réponse clinique ». Pour la tutelle, cette approche par la réparation constitue le chaînon manquant pour traiter efficacement la vulnérabilité des survivantes.

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