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“Remous sociaux au Sénégal: Dans un esprit républicain et pour une désescalade rapide”

Aucun patriote sénégalais n’ose se réjouir de la situation qui prévaut dans notre pays depuis que le député Ousmane SONKO est appelé à répondre devant la justice des faits le mettant en cause dans une affaire de viol présumé sur la nommée Adji Rabi SARR. Face aux proportions que prend cette affaire, nous sommes astreints, en toute sérénité et en toute impartialité, de proposer des pistes d’une désescalade rapide, afin que la vie reprenne son cours normal.

Avant tout, nous voudrions, à la suite de nombreux citoyennes et citoyens, saluer particulièrement le travail impartial d’enquête entamé par la Section de recherches de la gendarmerie nationale, dont certains disent qu’elle « a été dessaisie de cette affaire ». Dans cette présente adresse, la polémique qui a suivi ce « dessaisissement » ne nous intéresse pas particulièrement. Cependant, elle révèle l’absolue confiance que de nombreux citoyens placent en cette Section de recherches.

La Section de recherches de la gendarmerie et la mission de la justice

Dans un pur esprit de désescalade, notre première proposition serait de demander aux autorités de laisser cette remarquable Section de recherches poursuivre son enquête dans la sérénité et en ne ménageant aucune des parties concernées, afin que la vérité des faits soient rétablie. Puisqu’elle agit toujours sans précipitation ni partialité, le citoyen, quel que soit son rapport aux parties opposées, sera certainement édifié, étant donné que la décision judiciaire est obligée de se conformer aux faits, rien qu’aux faits.

D’autre part, même s’il est vrai que la règle de justice parait souvent injuste aux yeux de celles et ceux qu’elle condamne (F. EWALD), il faut néanmoins préciser que la justice n’a pas pour objectif de nuire ou de faire plaisir aux hommes (E. Durkheim, Les Règles de la méthode sociologique). La mission de cette dernière est de faire appliquer la loi. Des citoyens mûrs et responsables doivent le comprendre ainsi.

Une attitude responsable des hommes politiques

À la suite de cette proposition relative à la Section de recherches de la gendarmerie et de la clarification du rôle de la justice, nous aimerions nous adresser aux hommes politiques de notre cher pays. Nous leur demandons, à tous, d’être dans une dynamique soutenue de démonstration d’un patriotisme fondé sur le respect mutuel, le respect vis-à-vis de leur peuple et des institutions qui animent la vie publique. Prouvez aux sénégalais que vous ne voulez pas que ce pays brûle, surtout pas à cause d’un supposé viol, que seul un procès équitable permettra d’en savoir la nature et le fondement. Le Sénégal a traversé des situations plus difficiles et elle a toujours su s’élever, au point même que, partout dans le monde, il est cité continuellement en exemple.

Des évènements douloureux qui ont vitalisé notre démocratie

En effet, en 1962, notre pays est sorti indemne d’une redoutable affaire d’accusation de coup d’État contre Mamadou DIA, alors Président du Conseil du Sénégal. En 1968, malgré de graves heurts, la stabilité fut instaurée progressivement (Abdoulaye BATHILY, Mai 68 à Dakar). Dans les 80-90, notre pays a connu d’autres évènements aussi tragiques les uns que les autres, mais il est resté debout ! Le 23 juin 2011, beaucoup d’observateurs pariaient sur l’effondrement du Sénégal, mais, là encore, les Sénégalais de tous bords ont prouvé leur maturité et leur attachement à la paix.
Par ailleurs, les nombreuses missions de paix auxquelles nos armées ont participé depuis notre indépendance (Général Mamadou NIANG, 2012), ou plus récemment, la nomination d’un ancien diplomate sénégalais comme « Envoyé spécial de la Secrétaire générale de l’OIF » dans la crise malienne, le Dr Cheikh Tidiane GADIO, actuellement député et Président de l’IPS, nous confortent dans notre espoir de voir irréversiblement nos élites et notre modèle de démocratique cités en exemples par toutes les institutions internationales.

Ce rôle et cette image de porte-étendard qu’assume le Sénégal, doivent rester immarcescibles, malgré les divergences internes que nous avons toujours su contenir dans des proportions acceptables.

Droit de manifester, mais pas de piller, ni de saccager nos biens, encore moins de tuer

Déjà, près de 4 morts, selon les chiffres officiels. Chacun de ces morts auraient voulu vivre. Et, en âme et conscience, nous savons tous que ces tragédies pouvaient être évitées. Car, il aurait simplement suffit de prendre de la hauteur et de trouver la manière adéquate susceptible de contenir la « colère des foules ». Même si l’on peut dire, fort justement, que « l’impunité enhardit le criminel », il faut soutenir, également, que l’usage abusif de la violence légale est susceptible d’engendrer un sentiment de tyrannie au sein du « peuple ». Il aurait donc fallu, de la part des autorités chargées de la sécurité, autoriser les manifestations, les encadrer, voire les préparer en amont avec les « requérants » bien identifiés, et cela, dans une ambiance conviviale. Ainsi, l’on aurait mieux contrôlé certains débordements, au mieux, identifier facilement les personnes infiltrées, qui sont mus par des desseins macabres. Les forces de défense et de sécurité feraient ainsi des manifestants légitimes leurs alliés dans l’organisation et le déroulement des rassemblements ou de la marche.

Des images qui font pleurer d’amour pour le Sénégal

Malgré la tension vive, nous avons pu voir des manifestants et des éléments des forces de l’ordre s’embrasser, se faire des accolades. Pour notre part, nous avons eu une immense émotion en voyant ces images. Tout cela prouve que nous sommes tous tes frères et sœurs et que personne n’a intérêt à détruire ce pays que nous avons mis du temps à construire et que nous construisons encore, avec des défis toujours plus grands, toujours plus difficiles.

À force de vouloir participer, nous aussi, à cette désescalade, nous avons cherché, malgré une réserve personnelle que nous nous sommes toujours imposés, à faire valoir notre opinion sur la situation sociopolitique actuelle. Notre statut de « sociologue militaire » (pas de militaire sociologue), contrairement aux militaires de profession et de vocation, ne nous empêche pas de donner notre avis sur les décisions politiques.

Par conséquent, au nom du concept d’armée-nation, et en vertu du respect dont jouissent nos armées, nous souhaiterions que les officiers militaires initient l’ensemble des citoyens sénégalais aux valeurs de « leadership » enseignées dans « la Formation morale » (FM) des élèves-officiers de l’ENOA. Cette formation est aujourd’hui l’un des derniers vases culturels dans lequel sont conservées les valeurs de patriotisme, d’honneur, de loyauté, de respect, d’amour, de responsabilité, d’obéissance au règlement, de justice, etc. Certes nos futurs énarques et nos policiers font un stage à l’école des officiers, mais il nous parait important que, durant toutes leurs carrières, ces valeurs leurs soient rappelées, ne serait-ce que tous les trois ans, au lieu de la seule semaine retenue avant leur sortie d’école. Les futurs magistrats pourraient, eux-aussi, être associés à cette nécessaire moralisation.

Les marabouts qu’on accuse à tort

Certains Sénégalais, selon que la situation les arrange ou ne les agrée pas, ont pris l’habitude de vite demander aux chefs religieux de parler ou de se taire. Les mêmes personnes qui demandent, au nom d’une laïcité importée, aux « kelifa diinè » (chefs religieux) de se soustraire à la politique, comme si ces derniers n’étaient pas des citoyens comme eux, sont les mêmes qui leur reprochent de se taire, quand de supposées malversations sont l’œuvre des hommes du pouvoir. Parfois, il faut savoir ce que l’on veut et rester logique. Lorsque ces dignitaires religieux n’agissent pas ouvertement au gré des sentiments et des « injonctions » des citoyens, qui leur parlent presque en purs dictateurs, ils sont traités de « vendus », alors même que nombre d’entre eux ont toujours été, et le sont encore, des médiateurs incontestés de la paix sociale. On a le droit certes ne pas apprécier leurs stratégies, mais personne ne peut les accuser de ne pas « parler aux hommes politiques », qui sont, de surcroît, leurs talibés (fidèles et condisciples).

Afin de préserver la paix et notre modèle démocratique

Notre défi actuel est de réduire considérablement les frustrations, dues en grande partie au chômage des jeunes, aux sentiments d’injustice et de manque de transparence dans la gestion du « bien commun » (ressources naturelles, contrats relatifs aux marchés publics), à l’arrogance de certaines serviteurs affidées du pouvoir (des prébendiers de tous genres) et aux trahisons réelles ou supposées, souvent décriées par les masses. Ces sentiments et accusations (justifiés ou non) sont des terreaux fertiles à la manipulation, mais aussi, la cause des mobilisations meurtrières, dont raffolent et profitent les mouvements terroristes qui gangrènent l’Afrique.

Pour terminer et revenir à la situation actuelle, nous proposons que l’opposant SONKO bénéficie d’un traitement humain et digne de son rang de député. Nous demandons, au nom de la paix sociale, non qu’il soit pardonné s’il est coupable, mais que l’enquête sur son supposé viol se fasse en toute sérénité, afin que le droit soit dit en toute responsabilité. Rien que pour le dégel de cette situation, où ses partisans se disent prêts à en démordre avec l’autorité publique, il serait plus sage de le laisser rejoindre sa famille, en attendant que les preuves de sa culpabilité ou de son innocence soient établies. Au risque d’avoir à dos tous ceux qui soutiennent que certaines personnes devraient bénéficier d’un traitement particulier en raison de leur aura social, nous nous campons sur l’idée que la justice doit être la même pour tous. Autant une personne innocente n’a pas à être emprisonnée, autant un homme ou une femme coupable de crime doit, suivant la loi, assumer son acte devant nos juridictions respectives. Au moins ça, chaque citoyen doit le comprendre pour ne pas que l’on promeuve l’injustice dans la justice et se plaindre après, de la partialité de nos institutions dans d’autres affaires.

* Dr Malick GAYE, sociologue militaire

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