Récompensé par deux prix en France, un écrivain marocain met à nu les violences sociales de la ville de Salé

La scène littéraire francophone vient de consacrer une œuvre qui explore les marges et les non-dits d’une société conservatrice. À travers son dernier roman, un auteur exilé interroge les réalités de son pays d’origine, suscitant une attention particulière de la critique littéraire.

Dans une analyse détaillée publiée par le journal Le Quotidien, Baba Dieng se penche sur le travail du romancier marocain Abdellah Taïa. Ce dernier s’est récemment illustré avec son ouvrage « Le Bastion des larmes », qui lui a valu le Prix Décembre 2024 ainsi que le Prix de la langue française. Le texte met en lumière une œuvre qualifiée de subversive, souvent accueillie avec discrétion dans son pays d’origine en raison de ses thématiques.

L’analyse souligne que les écrits d’Abdellah Taïa, traduits dans plusieurs langues et régulièrement salués par la critique depuis des œuvres comme Le Jour du roi (Prix Flore 2010), s’articulent autour de sujets récurrents : la famille nombreuse, l’exil, l’homosexualité et la pauvreté, avec une focale particulière sur la ville marocaine de Salé. Selon Le Quotidien, le romancier décrit des milieux populaires délaissés par les pouvoirs publics, affirmant que l’accent est mis sur les infrastructures destinées à soigner l’image internationale du Maroc, au détriment de l’éducation et de la santé.

L’institution de la masculinité constitue un autre axe central de cette littérature. L’auteur y dépeint comment, dans les quartiers défavorisés, la virilité s’exerce de manière violente sur les femmes et les minorités, notamment les hommes efféminés. Cette brutalité est présentée dans le roman comme un exutoire pour les laissés-pour-compte, réprimant durement toute forme de dissidence face aux normes sociales.

Enfin, l’expérience de l’exil en France est abordée sous le prisme du racisme ordinaire. Bien qu’il vive en France depuis plusieurs décennies et publie aux Éditions du Seuil, Abdellah Taïa fait face à ce que le politologue Achille Mbembe nomme le « nanoracisme ». La chronique rappelle que l’écrivain observe une normalisation de ces comportements au sein du corps social, exacerbée par la montée de l’extrême droite, qui tend à le renvoyer constamment à son statut d’écrivain francophone.

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