Ramadan en Colombie : le défi interne auquel font face les 100 000 musulmans du pays

Dans un pays où près de 63 % de la population s’identifie comme catholique, la minorité musulmane de Colombie, estimée entre 85 000 et 100 000 personnes, entame le mois de Ramadan. Représentant moins de 0,2 % de la démographie nationale, ces fidèles répartis dans des villes comme Bogota et Medellin illustrent une évolution sociologique singulière, marquée par un brassage culturel complexe.

Selon un reportage d’Al Jazeera, la visibilité de l’islam en Colombie a connu une nette progression au cours des deux dernières décennies. Rana Arif Mohammad, un immigré pakistanais installé à Medellin depuis 23 ans, se souvient d’une époque où il peinait à trouver un lieu de culte et ne croisait qu’une poignée de coreligionnaires. Aujourd’hui, la ville compte cinq mosquées. Sur le plan national, cette présence s’est notamment traduite en 2020 par l’élection du premier maire de confession musulmane à Maicao, une ville frontalière abritant depuis 1997 l’une des plus grandes mosquées d’Amérique latine.

Cette expansion s’appuie sur plusieurs vagues migratoires historiques, allant de la chute de l’Empire ottoman à l’exode lié à la guerre civile libanaise dans les années 1970. À ces diasporas s’ajoute désormais une proportion croissante de convertis locaux. À Bogota, le cheikh Ahmad Qurtubi, rattaché au Centre islamique Qurtubi, estime qu’entre 100 et 200 fidèles de sa congrégation sont de nouveaux adhérents à la religion.

C’est précisément cette pluralité des origines et des parcours qui constitue l’obstacle majeur de la communauté. Avec des fidèles originaires de Trinité-et-Tobago, de Tunisie, du Pakistan ou encore d’Égypte, forger une identité commune s’avère ardu. Le cheikh Qurtubi souligne que le maintien d’une communauté stable, capable d’avoir un impact sur la société, devient particulièrement complexe lorsque la majorité des membres se sont convertis dans des circonstances très disparates.

Le mois de Ramadan fait ainsi office de ciment social pour pallier cet éclatement culturel. Lors de la rupture du jeûne (Iftar), l’organisation repose sur un roulement où chaque famille prépare le repas selon ses traditions d’origine. Les tables proposent alternativement des spécialités marocaines, pakistanaises ou des plats typiquement colombiens. Pour l’imam égyptien Mu’tasem Abdo, officiant à Medellin, ces moments de partage permettent d’atténuer le sentiment d’isolement des nouveaux arrivants, qui regrettent parfois l’envergure des célébrations dans les pays à majorité musulmane, tout en favorisant l’enracinement progressif de la communauté en terre colombienne.

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