L’histoire de la résistance en Casamance fait l’objet d’un nouvel éclairage académique. Jeudi, au Centre culturel régional Blaise Senghor, l’universitaire et sociolinguiste Odile Tendeng-Weidler a dévoilé le fruit de deux décennies de travaux sur Áliin Siitoye Jaata, apportant des précisions factuelles sur son identité et sur la question du retour de sa dépouille.
Selon les informations rapportées par Sud Quotidien, cet ouvrage intitulé « Áliin Siitoye Jaata, la résistance par le chant » explore les dimensions culturelles, sociales et religieuses du husarahak. Ce mouvement de résistance, principalement porté par les femmes Jóola, s’est dressé contre les bouleversements imposés par l’administration coloniale dans l’organisation politique et religieuse du sud du Sénégal. La présentation du livre s’est tenue devant un public composé d’élèves, d’éditeurs et d’acteurs de la culture, à l’occasion du cinquantième anniversaire du centre.
L’auteure s’est appuyée sur une vingtaine d’années de recherches documentaires, menées conjointement aux Archives nationales du Sénégal, aux Archives nationales d’Outre-Mer à Aix-en-Provence en France, ainsi que dans plusieurs localités de Casamance. Ces investigations ont permis d’analyser en détail le contexte ayant conduit à l’arrestation, la condamnation et la déportation de la figure historique.
Au cours des échanges, la sociolinguiste a rectifié un élément linguistique concernant l’identité de l’héroïne. Insistant sur les réalités propres à la communauté Jóola, elle a formellement corrigé la prononciation couramment utilisée au niveau national : le prénom authentique se prononce « Eline » et non « Aline ».
La question récurrente du rapatriement des restes d’Áliin Siitoye Jaata a également été abordée sous un angle anthropologique. Odile Tendeng-Weidler a mis en évidence une complexité majeure liée aux pratiques traditionnelles locales. Elle a soulevé une interrogation rituelle stricte face à cette éventualité, rappelant que les rituels funéraires Jóola exigent impérativement la présence d’un corps entier pour être accomplis.
Sur le plan de l’organisation sociale, l’ouvrage précise que le mouvement husarahak s’inscrivait dans la continuité des sanctuaires féminins luttant contre le désordre et l’injustice. Il se distinguait par une structure inclusive, rassemblant hommes, femmes et enfants autour d’un même culte, et utilisait une communication mêlant paroles incantatoires et chants profanes et religieux.
S’adressant aux jeunes présents lors de la rencontre, l’universitaire a transmis ce qu’elle identifie comme le message central de la trajectoire de l’héroïne : un appel au discernement et à la dignité, résumé par la nécessité d' »apprendre à dire non » et de ne pas « vendre son âme ».