La capitale sénégalaise s’apprête à accueillir, ces 26 et 27 janvier 2026, une réunion de haut niveau co-organisée avec les Émirats arabes unis. Cette rencontre, loin d’être protocolaire, intervient dans un contexte d’urgence absolue décrit par le Rapport 2025 des Nations unies. Alors que la communauté internationale s’était fixé l’horizon 2030 pour garantir l’accès universel à l’eau et à l’assainissement (ODD 6), les données actuelles forcent les décideurs à revoir leurs calculs face à une trajectoire qui s’éloigne dangereusement des objectifs initiaux.
Le bilan dressé par l’ONU est arithmétique et sans appel. À l’heure actuelle, 2,2 milliards de personnes ne disposent toujours pas d’eau potable gérée en toute sécurité, et 3,4 milliards — soit près de la moitié de la population mondiale — manquent de services d’assainissement adéquats. Le rythme de progression actuel est jugé si insuffisant que, selon les projections onusiennes relayées par nos confrères du Quotidien, les cibles fixées pour 2030 ne seraient atteintes qu’en 2049. Ce retard de près de deux décennies menace de compromettre l’ensemble de l’Agenda 2030, impactant directement la santé publique et l’égalité des genres.
Pour les experts, cette inertie dépasse le simple cadre technique. Abdoul Aziz Faye, président du comité de pilotage de l’Alliance africaine des faîtières pour l’eau et l’assainissement (Aafea), décrit une crise systémique. La pression sur les ressources hydriques s’accroît sous l’effet conjugué de la démographie et du dérèglement climatique. Les statistiques révèlent des failles structurelles majeures : seulement 56 % des eaux usées domestiques sont traitées, laissant le reste polluer nappes et cours d’eau. Parallèlement, 10 % de la population mondiale vit désormais dans des zones de stress hydrique « élevé » ou « critique », multipliant les risques de conflits.
La réunion de Dakar se positionne comme le dernier pivot stratégique avant la Conférence des Nations unies sur l’eau de 2026. L’objectif est de consolider six piliers fondamentaux, allant de la sanctuarisation de l’accès à l’eau comme droit inaliénable à la mobilisation de financements massifs. Il s’agit également de restaurer les cycles hydrologiques naturels et d’encourager une gestion transfrontalière apaisée des cours d’eau.
Face à ces enjeux, la société civile exige un changement de méthode. Les organisations africaines et européennes, par la voix de Marie Sara de l’ONG Eah Sœurs/Islamiques France, refusent que Dakar ne soit qu’une étape diplomatique supplémentaire. La demande est claire : passer des déclarations d’intention à des obligations d’action. Les acteurs de terrain plaident pour l’institutionnalisation d’un processus intergouvernemental permanent et la conclusion d’accords contraignants. Leurs revendications incluent une transition vers l’agroécologie pour réduire l’empreinte hydrique et l’intégration des communautés locales non plus comme bénéficiaires, mais comme co-gestionnaires des ressources.