C’est une page majeure de l’histoire diplomatique du Proche-Orient en Europe qui se tourne. La représentation palestinienne perd celle qui fut, durant plus de trois décennies, son visage le plus reconnaissable et sa voix la plus éloquente sur le Vieux Continent. Une disparition qui marque la fin d’un parcours intimement lié aux soubresauts de l’histoire palestinienne contemporaine.
La diplomate Leïla Shahid s’est éteinte ce mercredi 18 février à l’âge de 76 ans, selon les informations confirmées par l’agence Anadolu. Figure incontournable des plateaux de télévision et des chancelleries, elle avait réussi à incarner la cause palestinienne auprès des opinions publiques occidentales, maniant la langue de Molière avec une précision redoutable pour défendre les positions de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP).
Née à Beyrouth en 1949, Leïla Shahid portait en elle l’héritage de grandes familles hiérosolymites. Fille issue des lignées al-Husseini et al-Alami, elle était la petite-nièce du Grand Mufti de Jérusalem et a évolué dans le premier cercle de Yasser Arafat. Ce bagage familial et politique a très tôt orienté son engagement vers la diplomatie, un terrain où elle a su imposer son style.
Sa carrière officielle débute en 1989. Elle représente d’abord l’OLP en Irlande, aux Pays-Bas et au Danemark. Mais c’est en France, à partir de 1994, qu’elle acquiert une dimension publique de premier plan. Durant onze ans, elle y officie comme déléguée générale de la Palestine, avant de rejoindre Bruxelles en 2005 pour représenter la cause auprès de l’Union européenne.
Le parcours de Leïla Shahid reste marqué par la douleur de l’éloignement. Celle qui a porté la voix de son peuple à l’international a dû attendre près de quarante ans avant de pouvoir fouler le sol palestinien, une réalité de l’exil qui a nourri son plaidoyer politique. Alors que la situation en Cisjordanie continue de mobiliser la communauté internationale, le départ de cette figure historique résonne particulièrement fort.
Elle avait quitté ses fonctions officielles en 2015, choisissant de se consacrer à la culture, qu’elle considérait comme une autre forme de résistance et d’existence.