La gestion des ressources hydriques en Afrique de l’Ouest et du Centre ne peut plus se limiter aux simples tracés frontaliers. C’est le constat dressé lors des concertations préparatoires à la Conférence des Nations Unies sur l’Eau de 2026, où la résilience climatique et l’innovation urbaine ont été placées au cœur des débats. Dans un contexte de pression démographique accrue, les modèles traditionnels de gestion montrent leurs limites face aux réalités hydrologiques qui s’imposent aux grandes métropoles du continent.
L’urgence d’une révision des stratégies actuelles a été soulignée par les responsables des deux plus importantes structures de gestion fluviale de la région : l’Autorité du Bassin du Niger (ABN) et l’Autorité du Bassin de la Volta (ABV). D’après les éléments rapportés par Sud Quotidien, le diagnostic est sans appel : la planification urbaine évolue souvent en déconnexion totale avec les capacités réelles des bassins fluviaux.
Kocou Armand Houanye, Secrétaire Exécutif de l’ABN, a mis en lumière un paradoxe inquiétant pour le bassin du Niger, qui soutient pourtant 180 millions d’habitants répartis sur neuf pays. « Les investissements urbains sont souvent décidés sans s’appuyer sur les connaissances disponibles sur les ressources du bassin », a-t-il précisé. Cette absence de coordination expose les villes à des risques accrus d’inondations et de sécheresses, alors même que la demande en eau explose.
**Vers une économie circulaire de l’eau**
Pour répondre à ces défis, une nouvelle approche technique est mise sur la table : celle de l’économie circulaire. L’objectif affiché par l’ABN est de transformer la perception des déchets urbains. Les eaux usées, jusqu’ici traitées comme une nuisance, doivent désormais être intégrées comme des ressources potentielles pour la production d’énergie, de fertilisants et le soutien à l’agriculture urbaine. Cette actualisation de la « Vision partagée à l’horizon 2050 » vise à rendre les projets d’assainissement plus attractifs pour les bailleurs internationaux.
**Le partage des bénéfices plutôt que le partage de l’eau**
Du côté du bassin de la Volta, qui couvre 400 000 km² et concerne 35 millions de personnes, le Dr Dibi Millogo, Directeur Exécutif adjoint, appelle à un changement de paradigme diplomatique. La simple répartition des volumes d’eau ne suffit plus. La nouvelle doctrine proposée repose sur le « partage des bénéfices ».
Cette approche implique que les investissements réalisés — qu’ils soient énergétiques, agricoles ou logistiques — doivent générer des retombées concrètes pour l’ensemble des communautés riveraines, indépendamment des frontières administratives. « Un bassin bien gouverné, c’est moins de crises et plus de développement partagé », a soutenu le responsable de l’ABV.
Des outils concrets accompagnent cette vision politique, à l’image de la plateforme Volta-Alarm, conçue pour coordonner les réponses face aux inondations. Les recommandations issues de ce panel insistent désormais sur l’intégration systématique des collectivités urbaines dans les instances décisionnelles des bassins transfrontaliers, actant ainsi le rôle central des villes dans la diplomatie de l’eau.