Pour justifier la libération d’un enfant détenu au Texas, la référence historique cinglante utilisée par le juge fédéral contre les méthodes de l’administration Trump

L’image avait fait le tour des réseaux sociaux et indigné les associations de défense des droits humains : un enfant de cinq ans, sac à dos Spider-Man sur les épaules, emmené par des agents de l’immigration. Au cœur d’une vaste opération de répression migratoire menée dans le Minnesota, l’arrestation du jeune Liam Conejo Ramos et de son père a connu un dénouement judiciaire samedi dernier. Au-delà de la simple ordonnance de libération, c’est la teneur du jugement rendu par la cour fédérale qui retient l’attention, le magistrat ayant choisi de placer le débat sur le terrain des valeurs fondatrices des États-Unis.

Le juge de district Fred Biery a statué samedi sur l’illégalité de la détention de l’enfant et de son père, Adrian Conejo Arias, actuellement retenus dans un centre au Texas. Dans sa décision, relayée par Al Jazeera, le magistrat ne s’est pas contenté d’arguments techniques. Il a livré un réquisitoire sévère contre ce qu’il qualifie de « désir perfide de pouvoir débridé » et d’« imposition de la cruauté » par certains représentants de l’autorité publique.

Pour appuyer son ordonnance, le juge Biery a convoqué l’histoire américaine, établissant un parallèle direct entre les agissements de l’administration actuelle et les griefs formulés par Thomas Jefferson contre le roi George d’Angleterre. Le magistrat a souligné l’ignorance apparente du gouvernement vis-à-vis de la Déclaration d’indépendance, citant les passages dénonçant l’envoi d’« essaims d’officiers pour harceler le peuple ». Le jugement inclut également des références bibliques et une photo de l’enfant, soulignant le caractère traumatisant de ces procédures pour les mineurs.

Les circonstances de l’arrestation, survenue le 20 janvier, avaient été particulièrement contestées. Selon les responsables scolaires locaux, les agents de l’ICE (Immigration and Customs Enforcement) auraient sorti l’enfant d’un véhicule pour lui demander de frapper à la porte de son domicile, une tactique dénoncée comme l’utilisation de l’enfant comme « appât » pour faire sortir le père. Une version contestée par le Département de la Sécurité intérieure, qui affirme que l’agent est resté avec le mineur pour sa sécurité.

Cette affaire s’inscrit dans un contexte de durcissement notable de la politique migratoire. Des responsables fédéraux ont indiqué que l’opération en cours dans le Minnesota constitue le plus grand déploiement jamais réalisé dans l’État, mobilisant près de 3 000 agents. Stephen Miller, chef de cabinet adjoint à la Maison Blanche pour la politique, avait précédemment évoqué un objectif de 3 000 arrestations quotidiennes, une politique de quotas que le juge Biery a fustigée comme étant « mal conçue » et mise en œuvre de manière incompétente.

La famille, originaire d’Équateur, dispose selon son avocat d’une demande d’asile active lui permettant de rester légalement sur le territoire américain, contredisant la position de l’administration Trump qui évoquait une arrivée illégale en décembre 2024. Le cabinet d’avocats représentant la famille a confirmé que le père et le fils pourraient bientôt retrouver leurs proches.

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