Pakistan : Malgré un plébiscite pour l’envoi de troupes à Gaza, la méfiance populaire qui menace le projet de Donald Trump

Alors que les initiatives diplomatiques se multiplient pour tenter de définir l’après-guerre dans la bande de Gaza, le Pakistan se trouve confronté à un dilemme stratégique majeur. Entre la pression de la rue et les sollicitations de Washington, le gouvernement de Shehbaz Sharif doit naviguer avec prudence. Une récente enquête d’opinion, réalisée en prélude à une échéance diplomatique cruciale, met en lumière un décalage saisissant entre la volonté d’engagement militaire de la population et les structures politiques proposées par l’administration américaine.

Selon les données recueillies par Gallup Pakistan et relayées par notre confrère Al Jazeera, l’opinion publique pakistanaise affiche une position quasi unanime sur le principe d’une intervention. Le sondage, mené auprès de 1 600 personnes, indique que 73 % des sondés sont favorables à l’envoi d’un contingent militaire à Gaza au sein d’une force de stabilisation internationale. L’adhésion est particulièrement marquée, avec 55 % des répondants exprimant un soutien « fort » à cette initiative, contre seulement 6 % d’opposition.

Cependant, ce plébiscite pour une présence militaire cache une réalité plus complexe concernant le cadre politique de ce déploiement. Le sondage intervient alors que le Premier ministre pakistanais pourrait assister, le 19 février, à la première réunion formelle du « Board of Peace » (Conseil de la Paix), une instance initiée par le président américain Donald Trump. Or, l’enthousiasme populaire retombe dès qu’il s’agit d’intégrer cette structure spécifique : 39 % des Pakistanais se disent incertains quant à la pertinence de rejoindre ce conseil, tandis que les avis positifs (34 %) et négatifs (23 %) restent partagés.

L’enquête fait émerger des conditions strictes posées par la population pour valider un tel déploiement. Pour 86 % des sondés, une demande formelle des dirigeants palestiniens est un prérequis indispensable. De même, 81 % jugent l’approbation des Nations Unies essentielle, et 64 % estiment qu’une alliance conjointe de pays musulmans est nécessaire. À l’inverse, l’aval des grandes puissances comme les États-Unis ou la Chine est jugé secondaire, considéré comme important par moins de la moitié des personnes interrogées.

Cette méfiance s’explique en partie par le flou entourant le mandat exact de la force envisagée par le plan Trump. Si le projet initial évoque une force de maintien de la paix pour superviser une trêve, les responsables pakistanais, dont le ministre des Affaires étrangères Ishaq Dar, ont déjà tracé une ligne rouge : « désarmer le Hamas n’est pas notre travail ». Une position qui fait écho aux craintes d’une partie de la population, redoutant que l’armée pakistanaise ne soit utilisée contre des factions palestiniennes, ravivant le spectre douloureux des événements de Septembre noir en Jordanie en 1970.

Bilal Gilani, directeur exécutif de Gallup Pakistan, souligne auprès d’Al Jazeera la divergence entre les élites et le grand public. Si les cercles dirigeants semblent plus enclins à intégrer le « Board of Peace » pour des raisons diplomatiques, la rue privilégie une approche alignée sur le droit international et le consensus musulman, loin des agendas géopolitiques américains.

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