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“Notre démocratie, une Miss violée…”

Antony Blinken qui séjourne à Dakar après l’étape du Kenya et du Nigeria, est certainement conscient que le Sénégal est un pays d’Histoire et de petites histoires. La grande Histoire : «Le Sénégal est une démocratie forte en Afrique subsaharienne, un pays qui connaît les transitions pacifiques et le respect des droits de l’homme, des valeurs que nous partageons», selon le Secrétaire d’Etat américain. Des propos qui auraient pu être interprétés comme un satisfécit s’il n’avait pas ajouté qu’ «on ne peut pas prendre ces valeurs comme des acquis, il faut continuer à protéger les libertés et à offrir des espaces d’expression aux différentes opinions». Le diplomate pointe ici du doigt la petite histoire. Ses services bien présents sous nos cieux, lui ont sans doute signalé que moins d’une semaine avant sa visite, un opposant candidat à la mairie de la capitale, a été interdit de « promenade », arrêté brutalement, libéré et « déposé » chez lui. Blinken a peut-être même lu le communiqué laborieux du Préfet de Dakar qui a maladroitement justifié cette arrestation qui serait liée à des préoccupations sécuritaires.

Une fausse généralisation, un prétexte tiré par les cheveux si l’on sait que d’autres prétendants -ceux du pouvoir notamment- sont en pleine campagne à Dakar et partout dans le pays sans être inquiétés. Notre hôte de marque a été aussi sans nul doute informé, que moins de deux semaines avant son séjour en terre sénégalaise, ce même candidat à la mairie de Dakar avait été d’abord arrêté en compagnie de l’opposant le plus haut placé du président Macky Sall.

Les deux personnalités qui étaient en route pour le tribunal de Dakar, ont été lourdement chargées, malmenées par les forces de l’ordre. Et qu’ils ont été la risée de responsables du régime qui se sont réjouis de leurs déconvenues, arguant que les deux opposants ont versé dans la provocation et auraient amplement mérité les grenades lacrymogènes si féroces sur leurs voitures. Drôle d’attitudes démocratiques !Blessures Le chef de la Diplomatie américaine a certainement noté qu’en février-mars 2021, ce sont des accusations de viol contre ce député « interdit de marche » qui ont mis le feu aux poudres avec des manifestations inédites qui ont empêché son emprisonnement.

Le bilan est lourd : 13 morts. Une commission a été mise en place pour « faire la lumière ». Depuis lors, les choses sont au point mort. Il y a eu des journées d’hommage. Puis, plus rien. Ce chef de l’opposition est toujours sous contrôle judiciaire. Un procès est attendu. Il semble de plus en plus peu probable. Que d’incertitudes qui irriguent des doutes et peuvent être à l’origine d’autres violences tout aussi tragiques. Aux incertitudes s’ajoutent des inquiétudes. Ce serait une évidence que de soutenir qu’Antony Blinken et son administration ont suivi « de près » ou « de loin », le processus si litigieux qui doit mener aux élections locales du 23 janvier 2022.

Qu’il est bien au courant des « forclusions » en série, des plaintes, des complaintes, des indignations de l’embrasement des passions, des lourdeurs. De l’obsession des deux camps opposés à gagner la bataille. De l’engagement du pouvoir, du ministre de l’Intérieur -arbitre et partie- à invalider les listes adverses. On s’achemine vers un chaos pré-électoral et post-électoral. La démocratie est blessée. Elle souffre le martyre. Ici, les acteurs ne sont même pas d’accord sur l’essentiel : les règles élémentaires du jeu. Pourtant, deux ans durant, beaucoup d’argent, beaucoup d’efforts ont été dépensés sur un « dialogue national » avec de si piètres résultats.

Suspicions, tensions, doutes… Blinken sur la base de ses analyses de diplomate de la plus grande puissance démocratique au monde, aboutirait à cette constatation largement partagée : s’il y a autant d’enjeux, autant de doutes, si le climat est si tendu, c’est en grande partie à cause de l’attitude du président Macky Sall qui engraisse le doute sur une volonté de troisième candidature interdite par la Constitution, qu’on lui prête. En adoptant un « ni oui ni non », tout en se penchant pour le «oui», ce « leader fort » pour reprendre l’expression du diplomate yankee, est à l’origine de toutes les suspicions jusqu’au sein même de son propre camp. Beaucoup sont dans l’expectative. Sérénité impossible.

Tension permanente. Difficile de ne pas penser aux scénarios ivoirien avec Alassane Ouattara, à celui catastrophique guinéen avec le coup de force d’Alpha Condé qui a abouti à sa chute humiliante. Blinken, démocrate au propre comme au figuré, plaiderait pour la « normalité démocratique » illustrée entre autres par Mahamadou Issoufou du Niger sorti par la « grande porte » au terme de ses deux mandats et par Jorge Carlos Fonseca, le mois dernier au Cap-Vert. Notre hôte, n’a peut-être pas suivi ce scénario à la fois grotesque et grave entre un responsable de la Police nationale et un journaliste en live sur le terrain.

Le policier a osé lever la main sur le reporter. Même si le coup n’était pas à bout portant, l’acte est symboliquement moche. En démocratie, on ne doit pas toucher à un « seul cheveu » d’un journaliste dans le cadre de son travail. Malheureusement, ici, on en a plus rigolé en lieu et place de dénonciations vigoureuses. Le Sénégal jadis « fable démocratique », est aujourd’hui à l’image de cette Miss défigurée, violée, humiliée qui se démène vers un avenir assombri. L’Amérique est au courant, la France aussi. Mais c’est à nous Sénégalais, à nous seulement, de soigner nos maux, de lutter avec acharnement pour rendre à cette belle créature toute la plénitude de sa dignité.

* Par Mame Gor Ngom

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