Dakar tient, ce 6 février 2026, à l’occasion de la Journée internationale de tolérance zéro à l’égard des mutilations génitales féminines (MGF), le colloque scientifique international qui a pour thème « De la prévention à la réparation », sous l’égide des autorités sénégalaises et en partenariat avec des institutions hospitalières, des Maisons des Femmes, des organisations internationales et des ONG engagées.
En réunissant des experts nationaux et internationaux, des décideurs publics, des professionnels de santé, des chercheurs et des acteurs de la société civile, ce colloque ambitionne de produire des recommandations opérationnelles alignées sur les priorités de l’OMS et adaptées aux réalités locales.
Au-delà des constats, il s’agit d’un appel à l’action collective : prévenir les mutilations génitales féminines, améliorer la qualité de la prise en charge des survivantes, reconnaître la légitimité de la réparation génitale lorsqu’elle est souhaitée, et renforcer les coopérations internationales pour que plus aucune fille ne soit exposée à ces violences.
Chaque année, des millions de filles à travers le monde sont exposées au risque des mutilations génitales féminines (MGF), une pratique profondément enracinée dans certaines normes sociales mais reconnue internationalement comme une violation grave des droits humains. À ce jour, plus de 200 millions de femmes et de filles vivent avec les conséquences de ces mutilations, selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).
Au Sénégal, malgré un cadre juridique clair et des efforts soutenus de prévention, les MGF persistent, y compris en milieu urbain. Le phénomène se complexifie également dans les contextes migratoires, rendant nécessaire une réponse coordonnée, fondée sur la science, les droits humains et la dignité des femmes.
Les mutilations génitales féminines regroupent plusieurs types d’atteintes allant de l’ablation partielle ou totale des organes génitaux externes à des formes plus sévères d’infibulation. Elles n’ont aucun bénéfice médical et exposent les victimes à de nombreuses complications.
À court terme, les MGF peuvent provoquer des douleurs aiguës, des hémorragies, des infections sévères, un choc traumatique et, dans certains cas, le décès. À long terme, les conséquences sont multiples et souvent chroniques : douleurs pelviennes persistantes, infections urinaires et gynécologiques à répétition, troubles menstruels, complications obstétricales (accouchements prolongés, césariennes, hémorragies du post-partum), ainsi que des troubles de la sexualité tels que dyspareunie et anorgasmie.
Les séquelles psychologiques sont tout aussi importantes. De nombreuses survivantes présentent des symptômes de stress post-traumatique, d’anxiété, de dépression, des troubles de l’estime de soi et des difficultés relationnelles. Ces souffrances sont fréquemment aggravées par le silence, la honte, la peur de la stigmatisation et le manque d’accès à des soins adaptés. La réparation génitale après excision, parfois appelée chirurgie reconstructrice clitoridienne, s’inscrit aujourd’hui dans une approche médicale reconnue lorsqu’elle est proposée dans un cadre éthique, éclairé et pluridisciplinaire. Elle ne constitue ni une obligation ni une réponse unique, mais une option thérapeutique parmi d’autres, respectant le choix des femmes.
Sur le plan médical, les données disponibles montrent que cette intervention peut permettre, chez certaines patientes, une diminution des douleurs chroniques, une amélioration de la fonction sexuelle, une meilleure perception corporelle et une restauration de l’estime de soi. La réparation n’est cependant efficace que si elle est intégrée dans une prise en charge globale comprenant un accompagnement psychologique, sexologique et social.
L’OMS souligne l’importance d’une information claire, d’un consentement libre et éclairé, et d’une évaluation individualisée des bénéfices et des risques. La réparation génitale ne répare pas à elle seule les traumatismes liés aux MGF, mais elle peut constituer une étape significative dans le parcours de reconstruction de certaines femmes.
Le colloque mettra en lumière des modèles innovants de prise en charge holistique, notamment l’approche des Maisons des Femmes, qui associent soins médicaux spécialisés, soutien psychologique, accompagnement social et accès au droit dans un même lieu. Ces dispositifs favorisent la libération de la parole, réduisent les ruptures de parcours de soins et replacent les survivantes au centre des décisions les concernant.
La prévention restera au cœur des échanges, à travers le partage d’expériences communautaires, éducatives et institutionnelles. Le rôle de l’école, de la formation des professionnels de santé, de la protection des filles et de l’implication des leaders communautaires sera particulièrement abordé, dans une perspective de changement social durable.