À l’issue d’un colloque international tenu sous l’égide des autorités sénégalaises, le Dr Raymond Alipio, gynécologue-obstétricien et chef du service gynécologique de l’hôpital Abass Ndao de Dakar, a lancé un appel vibrant en faveur de la gratuité totale de la prise en charge des femmes victimes de mutilations génitales féminines (MGF).
Cette rencontre, organisée en partenariat avec des institutions hospitalières, la Maison des Femmes de Marseille, des organisations internationales et des ONG engagées, a réuni, pendant cette journée, les acteurs clés de la lutte contre les MGF.
Dans un discours poignant prononcé lors de la clôture de ce colloque, le Dr Raymond Alipio a dressé un constat sans appel : les mutilations sexuelles sont désormais présentes dans le monde entier, qu’elles y soient pratiquées ou du fait des migrations. Cette tradition plurimillénaire, a-t-il souligné, est loin d’être anodine et présente des complications parfois dramatiques.
« Nous en avons pris en charge quelques-unes durant ces cinq journées opératoires, et il est grand temps, je pense, de dire stop. Stop au maintien du caractère néfaste de cette tradition, stop aux femmes qui vivent avec des douleurs permanentes, des fistules, des kystes ou une impossibilité à consommer leur mariage. Stop à la détresse, à la dépression, à la mauvaise estime de soi, aux violences au sein du couple », déplore le Dr Alipio.
Le chef du service gynécologique de l’hôpital Abass Ndao a également tenu à remercier l’équipe de la Maison des Femmes de Marseille, pilotée par son amie, le professeur Florence Bretelle, pour avoir organisé cette mission chirurgicale qui a permis d’opérer près de 60 patientes et de former cinq chirurgiens de son hôpital.
Fort de cette expérience, le Dr Alipio a plaidé avec force pour que la réparation chirurgicale soit entièrement gratuite pour les patientes qui le souhaitent. « Il s’agit d’un problème de santé publique qui relève de la solidarité nationale », a-t-il déclaré, visiblement déterminé.
Cette exigence de gratuité s’inscrit dans un projet plus ambitieux : la création d’un Centre régional de prise en charge des mutilations sexuelles, sur le modèle des Maisons des Femmes/ReStart.
« Nous portons un ambitieux projet de création d’un Centre régional de prise en charge des mutilations sexuelles, sur le modèle des Maisons des Femmes/ReStart, la Maison des Femmes de Dakar », a annoncé le Dr Alipio.
Les missions de cette future structure seront particulièrement complètes, à savoir : « Éduquer les femmes, les couples et les familles sur les conséquences de l’excision, afin qu’elles décident en connaissance de cause de mettre fin à la pratique et de protéger leurs filles. Former des “femmes qui parlent aux femmes”, pour une éducation par les pairs. Former les soignants afin qu’ils puissent mener des actions de prévention en région et au-delà si nécessaire. Organiser un parcours de soins qui s’appuie sur des soignants formés, psychologues, sexologues, kinésithérapeutes et chirurgiens. Offrir aux patientes qui le souhaitent une réparation chirurgicale entièrement gratuite. Organiser un diplôme universitaire en santé sexuelle à destination des soignants, mais aussi mener des actions d’évaluation afin d’améliorer régulièrement les pratiques », projette le Dr Alipio.
Et de préciser : « Nous avons déjà posé les bases de cette nouvelle Maison et sommes désormais engagés dans une recherche de soutien et de financement pour mener ce projet à bon port. »
Interrogé sur la question de la législation, le gynécologue a tenu à préciser sa pensée : « Nous l’avons vu, la loi seule ne suffit pas. Elle est même parfois contreproductive et stigmatisante, aboutissant à un refus de soins potentiellement mortel pour la victime. L’éducation et la pédagogie sont la clé pour arrêter la pratique. »
Une position qui a trouvé un écho favorable auprès des participants au colloque, convaincus que la sensibilisation et le dialogue communautaire restent les leviers les plus efficaces pour éradiquer cette pratique.
Pour financer ce projet d’envergure, les promoteurs souhaitent organiser un financement mixte, public et privé, sur le modèle des Maisons des Femmes ReStart.
« Chaque geste, chaque don comptera énormément pour nous et pour les femmes du Sénégal », a lancé le Dr Alipio, avant de conclure : « Nos traditions font notre fierté, à nous de les rendre positives et sans danger. »
Les personnes souhaitant soutenir ce projet ou obtenir davantage d’informations peuvent directement contacter le Dr Alipio, qui s’est dit disponible pour présenter plus en détail cette initiative innovante.