C’est une trajectoire singulière qui mène de la cellule d’une prison algérienne aux ors du quai de Conti à Paris. L’écrivain franco-algérien Boualem Sansal, figure majeure de la littérature contemporaine, vient de franchir une nouvelle étape décisive dans sa carrière, seulement quelques semaines après avoir recouvré la liberté. Cette élection, survenue ce jeudi 29 janvier, marque l’entrée de l’auteur de 81 ans au sein d’une institution séculaire, souvent qualifiée de gardienne de la langue française.
L’événement a été confirmé par l’agence Anadolu. Boualem Sansal rejoint ainsi les rangs des « Immortels » de l’Académie française. Romancier et essayiste à la plume reconnue, il n’est pas un inconnu de l’institution qui l’avait déjà distingué par le passé. En 2015, il avait reçu le Grand Prix du roman, ex aequo avec Hédi Kaddour, pour son ouvrage *2084. La fin du monde* (Gallimard), une relecture audacieuse de l’œuvre d’Orwell. Plus récemment, en décembre 2025, l’Académie lui avait décerné le Prix mondial Cino Del Duca pour l’ensemble de son œuvre, qui compte des titres marquants comme *Rue Darwin* ou *Le Village de l’Allemand*.
Cette consécration littéraire intervient dans un contexte personnel et politique chargé pour l’octogénaire. L’écrivain sort tout juste d’une période de détention en Algérie qui avait suscité de vives réactions diplomatiques. Arrêté le 16 novembre 2024 à Alger, Boualem Sansal avait été poursuivi pour atteinte à l’unité nationale. La justice algérienne lui reprochait des propos tenus sur le média *Frontières*, où il avait affirmé qu’une « partie du territoire actuel de l’Algérie appartient historiquement au Maroc ».
L’affaire judiciaire avait connu son épilogue il y a peu. Condamné en mars dernier à cinq ans de prison ferme, une peine confirmée en appel le 1er juillet 2025, l’écrivain a finalement bénéficié d’une mesure de clémence. Le 12 novembre dernier, le président algérien Abdelmadjid Tebboune lui a accordé une grâce présidentielle, permettant sa libération. Ce dénouement avait été salué par le président français Emmanuel Macron, marquant une détente relative autour du cas de cet intellectuel désormais académicien.