Le climat diplomatique et militaire au Moyen-Orient reste marqué par une volatilité extrême, exacerbée par les récents mouvements de troupes et les échanges d’invectives entre les chancelleries. Alors que le déploiement naval américain s’intensifie dans le Golfe et que les menaces de confrontation armée saturent l’espace médiatique, une voix autorisée au sein de l’appareil d’État iranien a tenu à nuancer la situation. Au-delà des postures martiales affichées publiquement, un travail de fond semble s’opérer en coulisses.
Ali Larijani, chef du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, a pris le contre-pied de l’ambiance générale en affirmant que des progrès tangibles étaient réalisés vers l’ouverture de pourparlers avec les États-Unis. Dans une communication diffusée samedi, ce haut responsable a indiqué que, contrairement à ce qu’il qualifie d’« atmosphère de guerre médiatique artificielle », la formation d’une « structure pour les négociations » suit son cours. Larijani n’a toutefois pas fourni de détails techniques sur la composition ou le mandat précis de ce cadre de discussion naissant.
Cette déclaration intervient dans un contexte où l’administration de Donald Trump maintient une pression maximale sur Téhéran. Le président américain a récemment réitéré ses menaces d’attaques en réponse à la répression des manifestations antigouvernementales et pour freiner le programme nucléaire iranien. Une « armada » navale, menée par le porte-avions USS Abraham Lincoln, a été déployée dans la région, alimentant les craintes d’un dérapage militaire.
**Frictions autour du détroit d’Ormuz**
Si l’ouverture diplomatique est évoquée par le Conseil de sécurité, le terrain militaire reste le théâtre de vives tensions. Le Commandement central américain (CENTCOM) a émis vendredi une mise en garde explicite à l’encontre du Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI), en prévision d’exercices navals iraniens prévus dans le détroit d’Ormuz, passage névralgique pour le commerce mondial. L’armée américaine a averti que tout comportement « dangereux et non professionnel » augmenterait les risques de collision et de déstabilisation.
La réponse de Téhéran ne s’est pas fait attendre. Abbas Araghchi, ministre iranien des Affaires étrangères, a vivement réagi sur les réseaux sociaux, dénonçant une ingérence américaine. Selon le chef de la diplomatie, l’armée américaine tente de « dicter » la conduite des forces iraniennes sur leur propre territoire maritime. Il a souligné l’ironie de la situation, notant que Washington exige du « professionnalisme » de la part d’une entité qu’elle a elle-même classée comme « organisation terroriste » en 2019, tout en reconnaissant implicitement son droit à mener des exercices militaires.
**La médiation qatarie à l’œuvre**
Pour tenter de désamorcer cette crise, les canaux diplomatiques régionaux s’activent. Selon nos informations relayées par Al Jazeera, le Premier ministre qatari, Cheikh Mohammed bin Abdulrahman bin Jassim Al Thani, s’est rendu à Téhéran samedi pour s’entretenir avec Ali Larijani. Cette rencontre s’inscrit dans la continuité des efforts de médiation entrepris par Doha.
Le ministère qatari des Affaires étrangères a confirmé que les discussions portaient sur les moyens de réduire les tensions et d’épargner aux peuples de la région les conséquences d’une escalade. Le diplomate qatari a réitéré la nécessité de coordonner les efforts avec les pays « frères et amis » pour résoudre les différends par la voie diplomatique.