Macky Sall, un pouvoir qui vacille! Par Momar Mbaye

Après la foire aux problèmes, la foire aux manifestations, à une grogne sociale allant crescendo. Le pouvoir de Macky Sall vacille même s’il n’en donne pas l’air.

Trop d’agitations à seulement deux ans de gestion. Mis à part la morosité dans le domaine des affaires depuis la chute de Wade, le pays est bloqué sur presque tous les plans et le pouvoir n’a pas l’air de détenir les cartes en main pour apaiser les différents foyers de tension qui se multiplient. Campus universitaires en ébullition, manifestations et révoltes d’étudiants en prise avec les forces de l’ordre. Ce n’est pas le printemps sénégalais mais cela y ressemble fort. De Diouf à Macky en passant par Wade, les revendications des étudiants ont très peu évolué. S’ils ne protestent pas contre la cherté des inscriptions avec les nouveaux tarifs décidés par le ministère de tutelle, le non paiement des bourses d’études les expédie dans la rue, encore une fois à la merci des forces de l’ordre. Ça chauffe à Dakar et ça brûle à Saint-Louis, ça grogne à Thiès et ça proteste à Ziguinchor. La répression policière prend un coup d’accélérateur. Le pouvoir préfère, par le biais du FAISE (fonds d’appui aux Sénégalais de l’extérieur), dilapider des milliards du contribuable au profit des expatriés de la diaspora, dans des conditions obscures, alors que Dakar peine grandement à payer les maigres allocations d’études de ses étudiants…

Alors qu’ailleurs dans le pays, tout est prétexte à perdre les nerfs devant une conjoncture grandissante. L’immigration clandestine parait être la seule issue pour ces milliers de jeunes désœuvrés, qui bravent l’Atlantique au péril de leurs vies. Au Port de Dakar, l’arrivée du Français Necotrans irrite les travailleurs du terminal vraquier. Arrivée perçue telle une menace pour les entreprises nationales et leur personnel, déterminés à croiser le fer avec les autorités suspectées de préférence étrangère.

L’étranger justement, c’est de la que proviendraient les énormes quantités de drogues saisies ces derniers jours dans un pays présenté comme une plaque tournante, un Sénégal «qui fait de l’overdose», emportant au passage des policiers d’une hiérarchie pourtant chargée de réprimer le trafic illicite de stupéfiants…

A cela s’ajoute l’emprisonnement de responsables politiques de l’ancienne gestion, s’ils ne sont tout simplement interdits de quitter le territoire et de manière arbitraire, par une Cour de répression de l’enrichissement illicite qui porte atteinte aux libertés individuelles, emprisonne sans raison et libère sans procès, des personnes dont il est difficile de dire avec exactitude ce qui leur est reproché.

Assez pour un pouvoir qui ne sait plus ou donner de la tête, pris entre le marteau du retour des opposants exilés, Wade et Idrissa Seck qui rivalisent dans les tirs croisés en direction d’un pouvoir qui leur a filé entre les doigts, et l’enclume d’une communauté religieuse, la cité de Touba et sa liste non paritaire qui agite le landerneau politique, un nuage sur la tenue des élections du 29 juin prochain.

Depuis la polémique sur les citoyens ordinaires, les relations entre le temporel et le spirituel sont de plus en plus tendues. Aucun signe d’apaisement en perspective.

Dans le même temps, les autorités de Dakar, le ministère de la Culture en particulier, voient leur complicité décriée après la publicité faite aux homosexuels, à l’occasion de la Biennale de Dakar qui accueille des œuvres planétaires, dont des peintures mettant en exergue les tabous de l’homosexualité. Beaucoup de ressentiment, tout un cocktail explosif qui risque de se traduire dans les urnes, le 29 juin prochain. Un sévère avertissement pour les tenants d’un pouvoir qui peine à convaincre, et l’attentisme d’un président qui risque fort d’expérimenter, à ses dépens, le syndrome du mandat unique…

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