La Conférence de Munich sur la sécurité, traditionnellement axée sur les enjeux de défense militaire, sert cette année de tribune à une urgence humanitaire qui défie les frontières. Alors que les discussions de l’édition 2026 battent leur plein, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) tente d’imposer un changement de paradigme aux puissances réunies en Allemagne. Face à l’inefficacité des barrières physiques pour stopper les drames, l’agence onusienne met en avant une approche structurelle pour tarir la demande qui alimente les réseaux de trafic.
L’intervention de la directrice générale de l’OIM, Amy Pope, intervient dans un contexte meurtrier. Selon les données communiquées par Anadolu, au moins 484 migrants sont morts ou portés disparus en Méditerranée depuis le début de l’année. Ce bilan s’alourdit après le naufrage, le 6 février, d’un canot au large de la Libye où 53 personnes ont péri. Pour l’organisation, ces chiffres démontrent les limites du tout-sécuritaire.
La solution prônée par Amy Pope repose sur une logique de marché : pour vaincre les passeurs, il faut leur retirer leur monopole sur la mobilité. « Lorsque les pays coopèrent pour créer des voies légales de mobilité professionnelle, moins de personnes se sentent contraintes d’emprunter des routes irrégulières et dangereuses », a-t-elle déclaré en marge de l’événement. L’OIM invite ainsi les États à investir dans des systèmes de migration régulière, permettant de répondre aux besoins de main-d’œuvre tout en respectant la souveraineté nationale.
Dans une tribune relayée par Le Monde, la responsable insiste sur la nécessité d’« affronter les réseaux de passeurs » non seulement par des poursuites judiciaires, mais en ouvrant des alternatives sûres. L’année 2025 s’était soldée par la perte de 1 340 vies sur la route méditerranéenne et de 36 personnes dans la Manche. Pour l’OIM, seule une coordination internationale incluant le secteur privé et l’élargissement des voies d’accès légales permettra de réduire cette dépendance aux filières criminelles.