L’Europe décline l’invitation, mais neuf puissances du monde musulman rejoignent Trump à Washington pour le dossier Gaza

C’est une configuration diplomatique qui rompt avec les alignements traditionnels observés depuis des décennies. Ce jeudi, à Washington, le président américain Donald Trump préside la réunion inaugurale de son « Conseil de la Paix », une instance conçue pour piloter la reconstruction de la bande de Gaza. Si l’objectif affiché est de mobiliser des fonds et de structurer l’après-guerre, la liste des participants révèle une fracture nette : les alliés historiques de l’Occident ont laissé leur chaise vide, tandis qu’un bloc de nations du Moyen-Orient et d’Asie a choisi de répondre présent.

L’événement, qui se tient à l’Institut américain pour la paix, vise à concrétiser un plan de reconstruction estimé à plusieurs milliards de dollars. Cependant, l’absence des chancelleries européennes, réticentes face au format proposé, contraste avec l’engagement pragmatique de plusieurs capitales arabes et musulmanes.

Une divergence transatlantique marquée

Les puissances européennes ont majoritairement décliné l’invitation. Selon les informations rapportées par Al Jazeera, la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni et l’Espagne ont refusé de rejoindre cette nouvelle structure en tant que membres. L’Union européenne, par la voix de ses représentants, a exprimé des réserves sur la charte du Conseil, perçue par certains analystes comme une tentative de rivaliser avec les Nations Unies. De plus, l’invitation adressée au président russe Vladimir Putin – qui n’a pas encore tranché sur sa venue – a complexifié la position des pays membres de l’OTAN.

Malgré ce refus d’adhésion formelle, Bruxelles maintient un canal de communication. L’UE a dépêché Dubravka Suica, commissaire pour la Méditerranée, avec un statut d’observatrice. L’Italie, la Grèce, Chypre et la Roumanie ont adopté une posture similaire, envoyant des représentants sans pour autant s’engager comme membres fondateurs.

Le choix pragmatique du monde musulman

À l’inverse de la prudence occidentale, une coalition de pays du Moyen-Orient a validé sa participation. L’Arabie saoudite, poids lourd économique de la région, figure parmi les participants, aux côtés du Qatar, de la Turquie, de la Jordanie, de l’Égypte, des Émirats arabes unis, du Maroc, de Bahreïn et du Koweït. Ces neuf nations envoient des délégations à Washington, justifiant leur présence par la nécessité d’influencer le cours des événements sur le terrain.

Tahani Mustafa, analyste au Conseil européen pour les relations étrangères citée par Al Jazeera, explique que ces pays privilégient une approche pragmatique pour « arrêter l’effusion de sang », tout en cherchant à préserver leurs relations bilatérales avec l’administration Trump. Israël sera également représenté par son ministre des Affaires étrangères, Gideon Saar.

Au-delà du Moyen-Orient, l’initiative a trouvé un écho en Asie. Le Pakistan, représenté par le Premier ministre Shehbaz Sharif, est le seul pays d’Asie du Sud à rejoindre le Conseil. L’Indonésie, plus grande nation musulmane au monde, sera représentée par son président Prabowo Subianto, tandis que les dirigeants du Kazakhstan, de l’Ouzbékistan et du Vietnam ont également confirmé leur présence.

5 milliards de dollars et une force de stabilisation

Au cœur des discussions de ce jeudi figure un plan financier conséquent. Les États-Unis devraient annoncer la mobilisation de 5 milliards de dollars provenant des États membres pour les efforts humanitaires et la reconstruction. Ce volet économique s’accompagne d’un projet sécuritaire : la création d’une « Force internationale de stabilisation » chargée de la police à Gaza.

Ce dispositif s’inscrit dans le cadre d’un plan en 20 points de l’administration Trump, qui prévoit un cessez-le-feu progressif, le désarmement du Hamas et la mise en place d’une gouvernance technocratique pour une période de transition. Jared Kushner, gendre du président américain, a par ailleurs présenté une vision de reconstruction incluant des projets immobiliers et touristiques, une perspective qualifiée d’« impérialiste » par plusieurs groupes de défense des droits des Palestiniens.

À lire aussi : Cisjordanie : 80 pays font front commun contre une procédure foncière inédite depuis le début de l’occupation

Votre avis sera publié et visible par des milliers de lecteurs. Veuillez l’exprimer dans un langage respectueux.

Laisser un commentaire