C’est une découverte qui repousse considérablement les frontières connues de l’histoire de l’art et de l’humanité. Alors que la région de Sulawesi, en Indonésie, était déjà identifiée comme un foyer archéologique majeur, de nouvelles analyses scientifiques viennent de bouleverser la chronologie établie. Des chercheurs ont mis au jour des œuvres dont l’ancienneté dépasse toutes les estimations précédentes, offrant un nouvel éclairage sur les capacités créatives de nos lointains ancêtres.
Des archéologues ont identifié des pochoirs de mains sur les parois calcaires de l’île de Muna, dans la province de Sulawesi, qui remonteraient à 67 800 ans. Cette datation, rapportée par nos confrères d’Al Jazeera, fait de ces traces les plus anciennes peintures connues au monde. Les dessins, de couleur ocre, ont été réalisés en projetant du pigment sur des mains posées contre la roche, laissant apparaître leur contour en négatif.
Une technique de datation de haute précision
Pour parvenir à ce résultat, l’équipe de chercheurs indonésiens et australiens a utilisé une méthode basée sur l’analyse de l’uranium présent dans les couches minérales. Maxime Aubert, spécialiste en sciences archéologiques à l’Université Griffith en Australie, explique que des échantillons de calcite de cinq millimètres formés sur les parois ont été prélevés. En bombardant ces couches au laser pour mesurer la désintégration de l’uranium par rapport au thorium, les scientifiques ont pu établir un âge minimum avec une grande précision.
Cette nouvelle découverte vieillit considérablement l’art pariétal de la région. Elle est en effet plus ancienne de 15 000 ans que les précédentes œuvres trouvées dans la même zone de Sulawesi par cette équipe en 2024. Adhi Agus Oktaviana, archéologue de l’Agence nationale de recherche et d’innovation d’Indonésie (BRIN), qui cherche ces pochoirs depuis 2015, les a finalement localisés sous des peintures plus récentes représentant un cheval et un poulet.
Des modifications anatomiques intrigantes
Au-delà de l’âge record, un détail stylistique a retenu l’attention des experts. Les extrémités des doigts sur les pochoirs semblent avoir été volontairement modifiées pour paraître pointues. Selon Maxime Aubert, cette caractéristique est propre à un style trouvé uniquement à Sulawesi. Adam Brumm, co-auteur de l’étude publiée dans la revue Nature, suggère une intention symbolique complexe : « C’était presque comme s’ils essayaient délibérément de transformer cette image d’une main humaine en quelque chose d’autre, peut-être une griffe d’animal. »
Ces éléments renforcent la théorie d’une migration humaine précoce à travers cette région. Comme le souligne Adhi Agus Oktaviana, ces vestiges prouvent que les ancêtres présents dans l’archipel n’étaient pas seulement de grands navigateurs, mais aussi des artistes possédant une culture symbolique élaborée.