Le Cultivateur d’argent !!!

Cette année-là, j’étais allé en vacances à Kaolack, la ville où je suis né. Mon grand-frère là, c’est un peu mon père, il a des enfants qui sont plus âgés que moi. C’était un directeur d’école de l’ancien temps. Rigoureux, qui n’aimait pas nous voir assis à bavarder ou discutailler. Des vacances, chez ce grand-frère, c’était études et boulots. Il avait aménagé un grand jardin qui jouxtait la grande cour de l’école, et c’était à nous de l’arroser à des heures précises et de veiller sur sa sécurité qui était menacée par les animaux en divagation.
Nous avions arrosé le jardin ce jour –là, et étions assis à l’ombre d’un grand arbre dans l’école en train de nous raconter des films de cinéma, quand un de nos camarades qui était de l’autre côté de la cour de l’école, un peu en retrait de nous et qui tenait une hilaire, lança un cri. « Foor naa ! foor na ! !!! (j’ai ramassé, j’ai ramassé).
Nous nous sommes élancés comme un et l’avons entouré. « Tu as ramassé quoi ?» Il tendit la main, et on vit une pièce de monnaie de 100 frs. Ahhh ! C’était surement un élève qui l’avait perdu pendant l’année scolaire. Nous retournions continuer notre film, quand il s’écria encore « fooratt naa ». Quoi ? Une autre pièce de 100 frs.
Quelques instants après, un autre cri « foor na benene ». Le camarade, en fait, manipulait l’hilaire, comme le font les cultivateurs pour semer. Donc, à chacun de ses coups, sortait une pièce. Nous étions abasourdis de tant de chance. C’était un véritable cultivateur d’argent ce type. Certains lui arrachèrent de force la hilaire et commencèrent à gratter le sol. D’autres prirent des bâtons pour remuer la terre. Une vraie ruée vers les pièces qui ne donna aucun résultat. Sinon, qu’à la fin, notre camarade ramassa une dernière pièce. Il avait en mains 400 frs. Une fortune à l’époque. Le pire, c’est que l’ingrat ne voulait pas partager sa récolte.
On l’avait entouré pour lui expliquer que l’argent ramassé chez autrui, ne pouvait lui appartenir. Lui, têtu, radin et borné ne voulait donner que 50 frs à tout le groupe, de son magot. On était dans ces négociations, quand apparut un groupe composé de ses frères. Nous avions desserré l’étau à la vue de ses frères. C’était une famille nombreuse qui n’avait pas une réputation de tendres, ils se battaient en groupe. ‘’Satt satto ‘’, c’était leur technique de guerre. Ils vinrent vers le cultivateur d’argent, et en guise de salutation, l’un d’eux, lui envoya une gifle magistrale, puis commença à tâter ses poches, d’où il sortit les pièces qu’il exhiba devant ses autres frères. Un autre empoigna le cultivateur d’argent et ils prirent la sortie de l’école.
On apprit plus tard qu’il avait volé l’argent de la grand-mère. De toutes façons, ses cris, on les entendait de la cour de l’école, où nous étions. Pas besoin de dessin.
On n’a pas cherché loin pour lui trouver un sobriquet.
On l’appelait  »Cheikh LO, le cultivateur d’argent’.

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