Une amitié brisée, une vie fauchée pour l’équivalent de trois euros. C’est l’histoire tragique et absurde qui s’est jouée devant la chambre criminelle du tribunal de grande instance de Mbour, où T. Thiam répondait du meurtre de son ami qu’il considérait comme un frère, B. Sarr.
Les faits, d’une simplicité glaçante, remontent au 7 juillet 2022. Une pièce de moto, un correcteur d’une valeur de 2000 francs CFA non restitué, a servi de détonateur à une colère funeste. Ce jour-là, l’amitié qui unissait les deux hommes s’est dissoute dans le sang. Une dispute verbale a rapidement dégénéré en altercation physique. Après avoir essuyé un coup de bâton, T. Thiam, aveuglé par la fureur, a commis l’irréparable. Il a ouvert le coffre de sa moto, s’est emparé d’un couteau de cuisine et a porté un coup unique et fatal au thorax de son ami.
Lucide mais trop tard, l’accusé a tenté de secourir la victime en cherchant un taxi pour l’évacuer vers l’hôpital. Mais B. Sarr a rendu son dernier souffle avant d’y parvenir, laissant derrière lui une famille endeuillée et un ami devenu meurtrier.
À la barre, l’émotion était palpable. Dans un témoignage d’une dignité poignante, le père de la victime a surpris l’audience par son pardon : « Ce qui est arrivé à mon fils, c’est Dieu qui l’a voulu ainsi. Je ne demande pas de dommages et intérêts. » Une clémence qui contraste avec la sévérité du réquisitoire du procureur. « Pour une simple pièce de deux mille francs, vous avez ôté la vie de votre ami », a martelé le représentant du parquet, soulignant le caractère intentionnel du geste : « Vous êtes allé chercher un couteau et vous l’avez frappé sur une partie vitale. » Vingt ans de réclusion criminelle ont été requis.
La défense, assurée par Maître Faty, a tenté de nuancer le portrait d’un meurtrier de sang-froid. Plaidant pour une requalification des faits en « coups mortels », l’avocate a dépeint un homme ayant agi sous l’emprise d’une colère incontrôlable, sans réelle volonté de tuer. La cour devra donc trancher entre le geste prémédité et le dérapage tragique. Le verdict est attendu le 20 mars prochain.