Ce jeudi marque une étape décisive dans l’architecture de sécurité mondiale avec l’expiration du traité New START, dernier accord majeur de contrôle des armements nucléaires entre Washington et Moscou. Alors que l’échéance arrive à son terme, la diplomatie russe a clarifié sa position concernant les restrictions qui pesaient jusqu’ici sur son arsenal stratégique, tirant les conséquences d’un dialogue diplomatique au point mort.
La fin de cet accord bilatéral, signé initialement en 2010, ne découle pas d’une rupture soudaine mais d’une proposition restée sans suite. Selon les déclarations du ministère russe des Affaires étrangères relayées par Al Jazeera, Moscou considère ne plus être lié par les obligations du traité. Cette posture fait suite au silence de l’administration américaine face à l’offre du président Vladimir Poutine, qui proposait de maintenir les limites sur les missiles et les têtes nucléaires pour une durée supplémentaire de douze mois.
Le ministère russe a déploré, dans un communiqué publié mercredi, que ses initiatives soient « délibérément ignorées », qualifiant l’approche américaine d’erronée. Concrètement, cette expiration signifie que les deux superpuissances nucléaires recouvrent leur liberté d’action pour augmenter le nombre de leurs vecteurs et déployer des centaines d’ogives supplémentaires. Le traité limitait spécifiquement le déploiement des armes stratégiques conçues pour atteindre les centres vitaux de l’adversaire.
**Une volonté de refonte globale côté américain**
Du côté de la Maison Blanche, la perspective de cette expiration semble assumée. Le président Donald Trump a manifesté son intérêt pour une nouvelle forme d’accord, jugeant le cadre actuel obsolète. « S’il expire, il expire », avait-il déclaré lors d’une interview au New York Times en janvier, ajoutant simplement : « Nous ferons un meilleur accord ». La stratégie américaine vise désormais à inclure la Chine dans toute future négociation nucléaire, une condition qui complexifie la reprise rapide d’un dialogue bilatéral.
En marge des pourparlers d’Abou Dhabi, la mission parallèle menée par l’Élysée directement au Kremlin illustre d’ailleurs la difficulté actuelle des canaux diplomatiques traditionnels entre les grandes puissances.
**Inquiétudes sur une potentielle course aux armements**
Les experts en sécurité alertent sur les implications logistiques et militaires de ce vide juridique. Matt Korda, directeur associé à la Fédération des scientifiques américains, estime que sans ce garde-fou, chaque partie pourrait doubler la taille de ses arsenaux déployés dans un scénario maximaliste, en chargeant davantage d’ogives sur les missiles et bombardiers existants.
Face à cette situation, le Pape Leo, premier souverain pontife né aux États-Unis, a lancé un appel pressant lors de son audience hebdomadaire. Il a exhorté les deux parties à ne pas laisser cet instrument caduc, plaidant pour le remplacement de la « logique de la peur » par une éthique partagée.