La gestion des flux énergétiques en Europe de l’Est provoque une escalade diplomatique entre Kiev et ses voisins. Depuis l’interruption du transit via l’oléoduc de l’ère soviétique Droujba, touché fin janvier par ce que l’Ukraine décrit comme une frappe de drone, les pays frontaliers dépendants de ces approvisionnements accentuent la pression sur les autorités ukrainiennes pour forcer une reprise immédiate des livraisons.
Le Premier ministre slovaque, Robert Fico, a fixé un délai strict de deux jours au président Volodymyr Zelensky. Selon les informations rapportées par Al Jazeera, le dirigeant slovaque a averti samedi qu’il demanderait à l’entreprise d’État SEPS d’interrompre les fournitures d’urgence en électricité vers l’Ukraine si le brut russe ne recommence pas à circuler d’ici lundi. Cette mesure ciblerait une ressource critique : la Slovaquie a fourni le mois dernier 18 % des importations d’électricité de l’Ukraine, dont le réseau national est régulièrement endommagé par les offensives russes.
Les tensions s’étendent également au volet financier. Robert Fico a publiquement accusé Volodymyr Zelensky d’agir de manière malveillante à l’égard de son pays. Il fait notamment référence à l’arrêt des approvisionnements en gaz russe, consécutif à l’expiration d’un accord de transit le 1er janvier 2025, une situation qui engendrerait des dommages annuels évalués à 500 millions d’euros pour Bratislava.
En parallèle, la Hongrie s’est jointe à cette dynamique de pression. Le Premier ministre Viktor Orban a menacé vendredi d’opposer son veto au prêt européen de 90 milliards d’euros, un paquet validé en décembre par les États membres de l’Union européenne pour soutenir l’Ukraine au cours des deux prochaines années. La Slovaquie, la Hongrie et la République tchèque s’étaient initialement opposées à ce prêt sans intérêt, avant qu’un compromis ne soit trouvé pour les protéger d’éventuelles retombées financières.
La Slovaquie et la Hongrie bénéficient toutes deux d’une exemption temporaire de la politique de l’UE interdisant les importations de pétrole russe. Le ministère ukrainien des Affaires étrangères a réagi samedi en dénonçant des ultimatums et un chantage sur les questions énergétiques, estimant que ces deux pays font le jeu de la Russie.
La diplomatie ukrainienne a précisé avoir transmis à Bratislava et Budapest les informations relatives aux dommages causés par les attaques russes sur l’oléoduc Droujba. Le ministère a indiqué que des travaux de réparation sont actuellement en cours et que des voies alternatives pour l’acheminement de pétrole non russe ont été proposées pour résoudre la situation.