« La République des Herding cats et des chevaliers mourants », Par Abdou Ndukur Kacc Ndao

Abdou Ndukur Kacc Ndao
www.ndukur.com

Il y’a quelques jours, j’entamais une réflexion critique sur les mises en scène de soi et les nouveaux dieux des résultats sociaux. Les réactions semblent confirmer un fait : tout le monde n’est pas de même niveau et de même motivation pour parler du Sénégal en évitant les buzz et les épiphénomènes. Nous poursuivons dans la même veine cette réflexion critique sur nos mises en scène de soi.

Un constat s’impose à nous tous, particulièrement nous les refondatrices et refondateurs. Il nous faut beaucoup de patience. Pourtant nous recelons en notre sein des professeurs et chercheurs titulaires de nos universités, des cadres techniques et administratifs de haut rang, mais aussi des élèves, des étudiants, des paysans répartis entre les 4 points cardinaux. Autant dire que le potentiel est immense et que stricto sensu notre groupe devrait être au moins à la pointe d’une réflexion qui évite les buzz.

Lorsque nous attirons l’attention sur la gravité de la situation du pays, certains nous accusent toujours d’être des politiciens. Pourtant, ce qui se passe est aussi de notre responsabilité. Nous avons laissé notre pays en pâture. Et nous critiquons tout sans accepter de nous mouiller. Préférant les épistémologies aux praxis. Ici ou à l’étranger. Nous discutons souvent avec nos compatriotes qui évoluent dans le système international et d’autres qui occupent ici des fonctions hautement stratégiques au sein de notre appareil d’Etat. Il est affligeant d’observer leurs positions critiques vis-à-vis du système dans les salons huppés de Dakar ou Paris et leurs silences calculés pour le dire publiquement. Tout ne relève pas simplement des obligations de réserve. Mais souvent aussi de la lâcheté et d’une démission généralisée qui attendent un messianisme tout aussi dangereux et conservateur.

Nous avons souvent laissé prospérer les « mauvaises herbes » en pensant souvent que les autres élites viendront faire notre bonheur à notre place. En regardant de près ce pays, nous nous disons qu’il y’a mal donne quelque part. Bien évidemment, la question dépasse les « sursauts individuels ». Sur nos différentes pages, on peut voir la lucidité de certains grands responsables qui ont été aux affaires mais qui ont montré des décalages entre leurs critiques d’aujourd’hui et leurs pratiques managériales d’hier.

Si nous ne réglons pas la question structurelle de la gouvernance, de la reddition des comptes, de la méritocratie..même si nous faisons venir les brillants sénégalais, ils seront happés par le système et les cellules corruptrices qui sont tapies partout dans notre système social et institutionnel à commencer par nos familles, nos quartiers, nos « guides » et tous les parasites qui ont gangrené insidieusement le tissu national. Il est vrai que d’un autre côté, on ne pas attendre que la table soit mise pour s’inviter au festin. Il faut une révolution tranquille qui exige plus d’engagement.

Car notre pays est dans une sorte de « herding cats ». Un expression anglaise qui est une sorte de tentative de rassembler des chats. Chacun va de son côté avec ses « multiples raisons », son nombrilisme, ses calculs carriéristes ou opportunistes, son orgueil souvent mal placé ou simplement son manque de courage ou de générosité. Et de nos salons calfeutrés, on tire sur le Sénégal.

Regardons les gens qui applaudissent les sorties de l’inspecteur Ousmane Sonko. C’est très bien, mais on est malheureusement dans le registre du « fou singulier » ou du « messie » qui a le courage de dénoncer ou de faire des contre propositions. Les réactions de sympathie contre cet inspecteur dé-rangeur d’un pouvoir qui panique vite, est symptomatique du messianisme social qui a finit de s’installer dans notre pays. Dans ce registre là, presque personne ne dit oublions nos égos et défendons collectivement ce bien commun.

Nous avons beaucoup de respects pour certains anciens combattants du PAI , du PIT, etc. qui avaient le courage physique de leurs convictions et même de la plupart des hauts commis de l’Etat qui sont allés à la retraite juste après avoir fini de payer toute leur vie une seule maison bien modeste. Mais le Sénégal a changé et les repères ont bougé et nous faisons tous semblant d’ignorer la société d’accaparement qui ne laisse pas de place aux chevaliers.

Presque personne n’ose retourner à dans son terroir prêcher la bonne parole politique sans disposer d’une force de frappe qui provient des caisses noires et du détournement de l’action sociale et ressources censées construire le pays. Et Nafy Ngom veut épingler le directeur du COUD qui applique ce principe tacite (servir les siens). S’Il déroge à cette règle, ‘ses proches’ seraient les premiers à le clouer au pilori. Et tout le monde parle de transparence comme si nous sommes aveugles face à la matérialité paralysante de ces traits majeurs voire dominants de notre culture politique d’accaparement, de partage du gâteau au profits d’abord des siens..

Ainsi, la notion « d’utilité » s’est pernicieusement déplacée. Regardons le score aux élections des candidats dits « sévères » (véridiques) ou juste atypiques (pas sortis en dehors des « appareils »). Ils sont presque insignifiants. Pourquoi ? C’est parce que les sénégalais ne croient jamais à un discours de vérité comme le rappelait avec constance Cheikh Anta Diop. Tout ceci nous dédouane t’il ?

ANKN

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