C’est un tournant diplomatique majeur entre le Vieux Continent et la République islamique. Alors que les relations étaient déjà tendues par le contexte régional, l’Union européenne vient de franchir un nouveau palier en modifiant officiellement le statut du Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI). Une décision justifiée par Bruxelles par la répression des mouvements de contestation interne, mais qui suscite une réaction immédiate et virulente de Téhéran, évoquant des conséquences directes sur la stabilité énergétique mondiale.
**Une qualification lourde de conséquences**
Les ministres des Affaires étrangères de l’UE ont acté ce que Kaja Kallas, chef de la diplomatie européenne, qualifie de « pas décisif ». Le bloc a officiellement désigné les Gardiens de la révolution comme une « organisation terroriste ». Cette unité d’élite, créée après la révolution de 1979 et répondant directement au Guide suprême l’Ayatollah Ali Khamenei, supervise notamment les programmes balistiques et nucléaires du pays.
Selon les éléments rapportés par Al Jazeera, cette mesure punit la « répression meurtrière » des manifestations antigouvernementales qui secouent le pays. « Tout régime qui tue des milliers de ses propres citoyens travaille à sa propre perte », a déclaré Kaja Kallas, soulignant que la répression ne pouvait rester sans réponse.
Parallèlement à cette désignation symbolique et juridique, le Conseil européen a annoncé des sanctions ciblées contre 15 individus et six entités. Parmi les personnalités visées figurent le ministre de l’Intérieur Eskandar Momeni et le procureur général Mohammad Movahedi-Azad, accusés de violations graves des droits de l’homme.
**La riposte verbale de Téhéran**
La réaction iranienne ne s’est pas fait attendre. Le ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a rejeté ces annonces, accusant l’Union européenne d’« indignation sélective ». Dans une déclaration relayée par nos confrères d’Al Jazeera, le chef de la diplomatie iranienne pointe ce qu’il considère comme une hypocrisie flagrante : l’absence de réaction européenne face aux actions d’Israël à Gaza, contrastant avec cette célérité à sanctionner l’Iran.
Au-delà de la rhétorique, Téhéran agite la menace de répercussions stratégiques. Abbas Araghchi a averti que l’Europe, déjà vulnérable, serait « massivement impactée » par une guerre totale dans la région, citant spécifiquement les « effets d’entraînement de la flambée des prix de l’énergie ». L’état-major des forces armées iraniennes a quant à lui qualifié la décision de Bruxelles d’acte « illogique et irresponsable », y voyant un signe clair d’hostilité envers l’indépendance du pays.
**Un contexte de tensions militaires accrues avec Washington**
Cette escalade diplomatique avec l’Europe intervient alors que la pression militaire américaine s’intensifie. Le président américain Donald Trump a multiplié les avertissements ces dernières semaines. Selon Al Jazeera, Washington a prévenu qu’une « armada massive » faisait route vers la région, le président américain se disant prêt à user de la « violence » si Téhéran refusait d’engager des pourparlers sur le nucléaire.
Les autorités iraniennes ont confirmé un bilan de 3 117 morts dans les récents troubles, incluant civils et forces de sécurité, tout en accusant Israël et les États-Unis d’alimenter l’agitation. De son côté, l’agence de presse des militants des droits de l’homme (HRANA), basée aux États-Unis, avance le chiffre de 6 373 personnes tuées depuis le début des manifestations.