Dans un contexte économique mondial marqué par l’incertitude et les tensions commerciales, le gouvernement indien vient de définir sa feuille de route financière pour l’exercice 2026-2027. Alors que le pays fait face à des mesures punitives émanant de Washington, l’exécutif dirigé par Narendra Modi a choisi de réorienter drastiquement ses priorités budgétaires pour sécuriser sa croissance.
La pression s’est intensifiée ces derniers mois sur l’économie indienne. L’administration du président américain Donald Trump a imposé des droits de douane de 50 % sur les importations en provenance de New Delhi. Cette décision fait suite aux achats continus de pétrole russe par l’Inde, une stratégie énergétique qui déplaît fortement aux États-Unis. Pour atténuer l’impact de ces barrières tarifaires, le gouvernement indien tente de multiplier les accords commerciaux, notamment avec l’Union européenne, mais c’est surtout par la politique intérieure que la riposte s’organise.
Ce dimanche, la ministre des Finances, Nirmala Sitharaman, a présenté au Parlement un budget total estimé à 583 milliards de dollars. Selon les informations relayées par Al Jazeera, cette nouvelle loi de finances marque une rupture avec les précédentes : les mesures populistes et les réductions d’impôts pour la classe moyenne, courantes par le passé, cèdent la place à une stratégie de résilience nationale.
Pour maintenir une croissance projetée entre 6,8 et 7,2 % — un taux qui reste supérieur aux estimations de la Banque mondiale — New Delhi mise désormais massivement sur les infrastructures. L’enveloppe allouée à ce poste atteint 12 200 milliards de roupies (environ 133 milliards de dollars), contre 11 200 milliards l’année précédente. L’objectif affiché est clair : renforcer la position de l’Inde dans les chaînes d’approvisionnement mondiales et réduire sa dépendance extérieure.
Outre les infrastructures physiques, le plan cible sept secteurs stratégiques pour stimuler la production manufacturière. La liste comprend les produits pharmaceutiques, les semi-conducteurs, les aimants de terres rares, les produits chimiques, les biens d’équipement, le textile et les articles de sport. Des investissements accrus sont également prévus dans des niches technologiques comme l’intelligence artificielle. Le gouvernement cherche ainsi à faire passer la part de l’industrie manufacturière de moins de 20 % à 25 % du PIB, une nécessité pour absorber les millions de jeunes qui entrent chaque année sur le marché du travail.
Malgré ces dépenses colossales, la rigueur budgétaire reste à l’ordre du jour. L’exécutif prévoit de réduire le ratio dette fédérale/PIB de 56,1 % à 55,6 % et de ramener le déficit budgétaire à 4,3 %. Une approche que le Premier ministre Narendra Modi a justifiée en affirmant que la nation s’éloigne des « problèmes à long terme pour emprunter la voie des solutions à long terme », seules garantes de la confiance internationale.
Cette présentation intervient alors que la roupie indienne a touché des plus bas historiques, affaiblie par la vente record de 22 milliards de dollars d’actions indiennes par des investisseurs étrangers depuis janvier dernier.